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Bidonvilles

« On prétend gérer localement un problème présenté comme insoluble » – Eric Fassin, sociologue

Publié le 30/05/2014 • Par Isabelle Ligner • dans : Actu prévention sécurité, France

FASSIN
S. Gautier
Dans un livre collectif intitulé « Roms et riverains », le sociologue Eric Fassin décrypte la mise en place d’une véritable « politique municipale de la race » vis-à-vis des habitants des bidonvilles dits « Roms. » Explications.

Vous parlez de la fabrication d’une « question rom ». Quelles en sont la finalité et les étapes ?

La politique menée à l’égard des Roms sous la présidence de Nicolas Sarkozy puis, dans la continuité, par François Hollande prétend répondre à un problème qu’en réalité elle crée. Les Roms sont européens et ont donc le droit d’être en France. Mais l’on ne veut pas d’eux.

Pour les décourager de s’installer, on va ainsi leur rendre l’existence invivable – plus encore que dans leur pays d’origine. Vu leurs conditions de vie en Roumanie ou en Bulgarie, c’est mettre la barre très haut. On les a exclus du marché du travail, on résiste à les inscrire à l’école et sur les listes électorales. Mais il y a plus : on leur refuse le ramassage des ordures, l’accès à l’eau, des toilettes sèches, pour leur reprocher ensuite leur manque d’hygiène.

Quelle conséquence a la situation que vous décrivez ?

Tout cela finit par déranger des « riverains ». On chasse alors les Roms un peu plus loin. En pleine campagne électorale, le maire (PS) d’Aulnay-sous- Bois (Seine-Saint-Denis) a appelé à manifester pour l’expulsion d’un « bidonville rom ». Mais, à l’entendre, il ne faisait que répondre à la demande de « riverains exaspérés ». De même, en expulsant, l’Etat se contenterait de répondre à la demande des élus locaux. C’est une politique de la race qui ne dit pas son nom.

Que représente la figure du « riverain » ?

C’est l’emblème d’un populisme de droite, aujourd’hui repris par un populisme de gauche. Les « riverains » seraient proches de la réalité, comme les élites en seraient éloignées : au contraire des « bobos », taxés de « droit-de- l’hommisme », ils seraient forcément exaspérés.

Pourtant, ce ne sont pas forcément des voisins des bidonvilles, ni des prolétaires. Et, loin d’être apolitiques, ils peuvent être mobilisés par des municipalités ou des partis. Mais les médias y voient une figure du peuple des « invisibles ». Aussi négligent-ils de tendre leurs micros aux voisins solidaires. Cela revient à s’aveugler : les militants qui soutiennent les Roms sont le plus souvent des riverains !

Vous évoquez « une politique municipale de la race ». Qu’entendez- vous par là ?

Rendre la vie invivable aux Roms suppose de traiter des êtres humains de manière inhumaine sans, pour autant, renoncer à nous sentir humains: il faut donc bien qu’ils soient d’une autre nature que nous. Or c’est précisément la définition de la race. Reste à justifier cette politique de la race au pays des droits de l’homme et dans une Europe qui s’est construite, après la guerre, contre le racisme. La solution, c’est la municipalisation car les politiques revendiquent de ne pas faire de politique. On prétend gérer localement un problème pratique, présenté comme insoluble… Pourtant, 18 000 Roms pour 36 000 communes, c’est 0,5 pour chacune. Mais, quand il s’agit des Roms, c’est encore trop.

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