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Culture

Trouver des business models autour des données culturelles : enjeu décisif des cinq prochaines années

Publié le 26/05/2014 • Mis à jour le 05/08/2014 • Par Sabine Blanc • dans : France

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© D.R

La politique du ministère de la Culture et de la Communication (MCC) en matière de numérique se déploie à un rythme soutenu ces derniers temps, marquée par un regard bienveillant. Elle est poussée par Camille Domange, chef du département numérique depuis avril 2013. Sa coloration est assez expérimentale, ce qui pose la question du passage du mode « lab » aux pratiques courantes. A l’occasion de Silicon Valois, un espace de co-working éphémère ouvert installé au MCC du 15 au 28 mai 2014, nous avons fait le point avec Camille Domange sur les apports et les limites de cette orientation.

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Les données culturelles s'ouvrent de plus en plus à l'open data

 

Après l’automne numérique 2013, où en est-on du développement numérique dans les politiques culturelles de l’État ? Pourriez-vous donner des exemples concrets d’institutions qui s’en sont emparées et de mesures prises par le MCC ?

Camille Domange

Camille Domange. CC by sa

Depuis plus d’un an, le numérique est au cœur de la politique du gouvernement, à travers la feuille de route du 28 février 2013, et le ministère s’est saisi de cette dynamique gouvernementale pour se l’approprier et créer une politique culturelle en faveur du numérique. La ministre l’avait rappelé en novembre dernier lors de l’Automne numérique : il faut arrêter d’avoir une position défensive envers les pratiques et les usages de l’Internet et montrer que le numérique – on en a la démonstration à travers Silicon Valois –, peut être un levier d’innovation et de création et qu’il a vocation à innerver l’ensemble des politiques culturelles sectorielles. Cela doit concerner aussi bien la recherche que l’éducation artistique et culturelle, le spectacle vivant ou le patrimoine.

Prendre le numérique comme axe de développement est très important puisqu’on est au cœur de la modernisation de notre action publique, on le voit actuellement avec l’open government. Marylise Lebranchu, la ministre de la Décentralisation, de la Réforme de l’État et de la Fonction Publique, a annoncé lors de la conférence de Paris l’adhésion de la France à l’open government partnership (OGP). On restaure la gouvernance des politiques publiques en incluant les acteurs de la société civile. Comment cette puissance créatrice extérieure qu’on fait entrer dans nos organisations participe à refonder les politique culturelles et à moderniser nos dispositifs d’intervention ?

De façon concrète, le numérique s’est organisé autour de différents leviers à travers douze décisions ministérielles annoncées en novembre, qui font l’objet d’applications et d’annonces.
Cette politique se matérialise à travers une feuille de route stratégique sur les données culturelles. Nous sommes une des seules, voire la seule administration française à s’être dotée de cet instrument de pilotage. Il décline en plusieurs actions une stratégie très offensive en faveur de l’ouverture et de la dissémination des données culturelles. Un rapport a ainsi été publié en janvier, il montre que cette ouverture participe de l’évolution, de la révolution du MCC dans son appréhension du numérique et demande aux institutions culturelles de s’engager dans cette démarche. Les fruits de cette politique émergent, la BnF a ouvert son catalogue de métadonnées en janvier, et des établissements culturels ont pris conscience des potentialités ouvertes par une politique volontariste.

Mercredi 21 mai 2014, Etalab, la mission en charge de l’ouverture des données, est venue à Silicon Valois pour rappeler ce qu’était data.gouv.fr, les évolutions de la plate-forme collaborative, avec des retours très positifs du musée Picasso, du Centre des monuments nationaux, qui se sont dotés d’une nouvelle cellule numérique qui va traiter ces sujets. Petit à petit, nous avons réussi à contaminer chacune des institutions culturelles dans cette dynamique numérique, puisque la position du ministère est de donner des recommandations, d’accompagner les acteurs, mais pas de faire à la place des institutions dont il a la tutelle.

C’est un enjeu décisif dans les cinq prochaines années de ne plus avoir une posture défensive mais au contraire de réussir à développer des modèles économiques à travers l’ouverture des données culturelles puisqu’on a la chance en France d’avoir un patrimoine culturel extrêmement riche qui appartient à tous. Nous le considérons comme un bien commun de la connaissance dont on doit favoriser le partage et la réutilisation, pour les citoyens, pour les jeunes, pour les entrepreneurs qui peuvent créer des services innovants. Cette ouverture est sans barrière à l’entrée. On travaille sur ces notions de partenariat public-privé et d’exclusivité, qui font l’objet de développements dans ce rapport.

Coupler cette politique open data à de l’open content

Le deuxième point consiste à coupler cette politique open data à de l’open content (œuvre libre, ndlr). Comment peut-on accompagner l’ouverture de contenus enrichis pour certains usages, notamment des contenus créatifs qui ont un intérêt pour les citoyens, grâce à des licences ouvertes type Creative Commons. Nous avons fait un audit juridique économique des contenus agrégés sur nos plates-formes, culture.fr et culturecommunication.gouv.fr, pour consolider un socle de base, et déterminer de façon plus lisible des conditions de réutilisation en précisant pour les grandes typologies de contenus les droits associés à travers des licences ouvertes. Ce travail a vocation à se poursuivre dans les années à venir pour affiner les mentions légales et permettre que les fichiers soient téléchargeables et réutilisables. Les seuls contenus qui ne sont pas ouverts sont les contenus vidéos multimédias produits par le ministère (une bonne partie des photos et les vidéos ne sont en fait pas sous Creative Commons, ndlr) car les droits cédés dans le cadre des contrats d’exploitation ne permettaient pas aujourd’hui d’utiliser des licences ouvertes. Nous avons travaillé sur de nouveaux gabarits de contrats.

Le domaine public constitue un autre axe. Il n’avait pas fait jusqu’à présent l’objet de portage politique, déjà par méconnaissance du patrimoine qui en est issu, alors qu’il représente une manne formidable de redécouverte d’un patrimoine culturel très important, on pense au patrimoine littéraire ou cinématographique. Travailler sur cette notion de domaine public va permettre, en la consacrant, en la définissant, en produisant un outil calculant des droits associés à une œuvre et donc de savoir si elle est dans le domaine public, et peut-être réutilisée de façon libre et gratuite, mais qui n’empêche pas à un acteur tiers d’en faire un usage commercial.

Le MCC a travaillé avec l’Open Knowledge Foundation (une association promouvant le savoir libre, ndlr), pour la réalisation d’un tel outil dont le prototype a été présenté en février et qui l’est ce 26 mai. Il est à peu près finalisé, nous avons travaillé avec l’OKFN et les membres du département numérique, notamment la juriste en charge de ces dossiers, et nous avons impliqué les communautés qui se sont intéressés au projet, qui nous ont permis de faire travailler cette intelligence collective pour nous aider à affiner ce prototype de calculateur. Il fonctionne avec un arbre de décision, c’est-à-dire une modélisation du système juridique français en matière de droit d’auteur, qui est très complexe, il doit prendre en compte des jurisprudences, notamment sur les prorogations de guerre, qui complexifie la lisibilité du droit d’auteur existant. Il y avait encore certains bugs dans le fonctionnement, on a travaillé à leur résolution, normalement Apollinaire sera bel et bien dans le domaine public.

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Crédit Flickr CC by sa Véronique Mergaux

Aurélie Filipetti avait parlé d’un partenariat avec Creative Commons : « mon ministère accompagnera les établissements publics, dans le cadre d’un partenariat pilote avec Creative Commons France pour les sensibiliser et les former à l’usage des licences libres. Ce partenariat sera signé dès décembre. La maîtrise de ces nouveaux outils est la condition d’un accès renforcé à l’offre artistique en ligne. » Qu’en est-il ?

Nous travaillons de manière constante à présent avec Creative Commons France, une cellule hébergée au CNRS, au Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques CERSA). Avec cette petite équipe de juristes experts sur les problématiques du droit du numérique, nous avons travaillé sur une vidéo didactique de deux minutes pour expliquer le fonctionnement des six licences CC et des outils associés, la marque du domaine public et la licence CC0 (voir ci-dessous). Elle est volontairement courte et simple pour offrir un premier degré de connaissance, l’exercice est compliqué car le fonctionnement des licences CC est complexe. C’était un travail passionnant de synthèse et de concision juridique. Elle a été pas mal reprise à l’internationale, ces sujets ont très peu d’échos en France, on a encore du mal, même si le numérique est poussé par le gouvernement, à comprendre réellement ces enjeux et ses potentialités pour les citoyens et les acteurs du monde culturel.

En revanche, ces débats ont lieu depuis une dizaine d’années aux États-Unis et ils en voient les fruits. En France, nous ne sommes pas en retard, on n’est pas en avance non plus.

Ce partenariat va se décliner, on l’espère avec le soutien de l’action culturelle de l’association, afin de développer des outils pratiques permettant de mieux comprendre ces licences. Il est d’autant plus important que de nouvelles licences CC, les 4.0, ont été publiées en novembre, leur traduction française est en cours. Leur spécificité est d’allier cette double dynamique sur laquelle on travaille, l’open data et l’open content. Contrairement à la 3.0, cette dernière version permet d’accompagner l’ouverture des contenus mais aussi des données, avec les modalités classiques des licences CC. Cela en fait des outils très pratiques pour les institutions culturelles notamment car il y a une porosité très fine entre la notion de donnée et de contenus.


Les licences Creative Commons par culture-gouv

Vous évoquiez le business model, cela semble le point faible actuel et du coup aussi celui du rapport sur l’ouverture des données culturelles…

C’est une question juste, qui ne touche pas que le secteur culturel. L’ensemble des secteurs qui travaillent sur l’ouverture de leurs données réfléchissent aussi au modèle économique, l’un ne va pas sans l’autre. On parle beaucoup d’open data comme vecteur de croissance et d’innovation et donc comme levier puissant pour l’entrepreneuriat français.

Il n’y a pas de business model clé en main, ce n’est pas au MCC ou au gouvernement français d’ériger des modèles économiques et d’en faire la recommandation, ce serait une erreur et méconnaitre l’économie du numérique. Ces modèles doivent se bâtir en fonction de la spécificité des fonds et des données qu’on détient et de la stratégie de développement que l’on souhaite.

Actuellement, il y a deux tendances. Comment peut-on pérenniser la numérisation des fonds, car avant d’être ouvertes et réutilisables, ces données doivent être numérisées en amont, cela coûte très cher. Le défi est de savoir comment accélérer cette numérisation et comment on pense l’open data en amont de la numérisation. Est-il pertinent de numériser un contenu qui va faire l’objet de très peu de réutilisations ou d’une attente faible des citoyens ?

Nous sommes acteurs d’un mouvement et en même temps observateurs du monde qui se construit.

Il existe des dispositifs, mentionnés dans le rapport, qui sont certes non limitatifs et dont la seule limite est l’imagination de l’entrepreneur. Seul ce dernier, qui a les mains dans le cambouis pour développer son application, son service, ou l’institution, vont pouvoir développer un modèle économique pertinent.

Aujourd’hui, le classique va être du freemium, un appel à la participation par l’ouverture et le partage d’un corpus de données, et ensuite un service premium à forte valeur ajoutée pour lequel le public va accepter de payer. La donnée doit être au préalable ouverte pour tous sans barrière à l’entrée, c’est un point très important.

Pour accompagner cette question, il faut discuter avec l’écosystème, il a un visage, ce sont des acteurs de la société civile, des think tanks, et des entrepreneurs. Dans le cadre de Silicon Valois, nous accueillons des résidents, comme des start-upeurs, ou le think tank Without Model, qui travaille sur les business models. Il les recense avec des exemples concrets, pour voir ce qui marche ou non, et ensuite adapter le positionnement et les stratégies.

Mais je vous rejoins tout à fait, aujourd’hui on travaille sur l’ouverture et le partage des données, de manière exploratoire aussi. Nous sommes acteurs d’un mouvement et initiateur d’une dynamique et en même temps observateurs du monde qui se construit. C’est la raison pour laquelle on avance à tâton, car la prise de conscience est lente. On n’a malheureusement pas encore de modèle économique flagrant qui permettrait à tout un chacun d’en voir l’utilité immédiate. Cela n’empêche pas l’ensemble du secteur culturel d’avoir pris conscience des potentialités et de travailler à la constitution de fichiers téléchargeables sur data.gouv, dans le cadre du programme Dataculture. Toutes les données statistiques culture – Base Mémoire (images du domaine public), base Léonore (Légion d’honneur), base Ulysse (Archives nationales d’Outre-Mer), base Archim (archives nationales)… L’objectif est de créer à terme un grand répertoire data culture sur nos sites pour héberger les fichiers en libre téléchargement et référencés sur data.gouv.

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Avec l’autorisation de Sun Ray

Aurélie Filipetti avait parlé d’un « partenariat entre le ministère de la Culture et de la Communication et l’INRIA sur les enjeux du web 3.0 pour le secteur culturel, qui se traduira par un cycle de conférences et mettra en lumière les nombreuses initiatives déjà en cours (GINCO, JocondeLab, Wikitionnaire, Mimo de la Cité de la Musique) ». Où en sont ces différentes annonces sur le web 3.0 (ou web sémantique) ?

Ce partenariat avec l’Inria est stratégique pour le MCC à deux titres. Il lui a permis de travailler sur les technologies de rupture. Depuis quelques années, le secteur culturel a été pionnier sur les technologies sémantiques, c’est-à-dire donner du sens aux données et permettre leur interconnexion sémantique, avec par exemple Mimo à la Cité de la musique, dans le cadre d’un programme européen. Le MCC a travaillé à une feuille de route sur les métadonnées culturelles et les technologies 3.0, dites sémantiques, publié en janvier. Elle a été déclinée en neuf fiches-actions, sur lesquelles nous travaillons avec les opérateurs culturels et les experts du secteur, des experts extérieurs comme l’Inria, ou des entrepreneurs tiers. Elles ont une vocation opérationnelle, ce sont des sujets très complexes, on peut s’y perdre facilement si on ne fixe pas de grandes orientations et notre calendrier est très serré, 2014-2015.

Nous avions conclu il y a deux ans un partenariat,  SémanticPédia entre l’Inria, le MCC et Wikimedia France qui a initié cette dynamique en 2010. Aujourd’hui on veut voir comment un partenariat de R&D plus large permettrait à des institutions culturelles, des établissements publics notamment, de s’insérer dans ce dispositif qui ne concernait que l’administration centrale. Dans le cadre de Silicon Valois, des groupes d’experts se réunissent pour travailler sur la mise en œuvre de cette feuille de route qui entre dans sa phase opérationnelle depuis quelques jours. Les premiers livrables doivent intervenir dès la fin 2014.

Nous travaillons sur la formation, pour qu’une dynamique s’ancre dans l’ADN du ministère

Nous travaillons aussi sur la formation, pour qu’une dynamique s’ancre dans l’ADN du ministère, il est important que les agents, y compris dans les institutions culturelles, et dans les directions régionales des affaires culturelles, aient des compétences sur des sujets de plus en plus techniques et transversaux, on passe du juridique et de l’économique à du technique, sans oublier les aspects éditoriaux qui sont essentiels en matière d’open data et de web sémantique pour contextualiser les données mises à disposition et permettre aux citoyens de comprendre des tableaux Excel incompréhensibles du commun des mortels.

Le partenariat avec l’Inria se manifeste par des cycles de conférences, dans cette optique de formation, des administrations mais pas uniquement, puisqu’elles sont ouvertes. Il y en a eu une le 27 janvier dernier à la Cité de la musique au cours de laquelle des projets du MCC et de ses opérateurs ont été exposés, notamment JocondeLab, mené par la direction générale des patrimoines et la délégation générale à la langue française et aux langues de France, qui est une expérimentatioin de tagging sémantique et de techniques 3.0. Le projet Histoire des arts a été un des premiers projets du ministère à les utiliser.

D’autres conférences ont apporté un regard international, c’était très intéressant de voir ce que fait la BBC, une industrie culturelle de l’audiovisuel public très en avance qui a intégré dans son organisation une cellule de R&D, à hauteur de 1% du budget, et a ainsi toujours un coup d’avance.

La question de l’appropriation est abordée via le numérique. Mais ne s’agit-il pas de développer une politique de l’appropriation tout court, alors que la culture muséale française reste très verticale ?

Le squelette de tout ce que nous venons d’évoquer, c’est cette politique des usages. La question de l’appropriation vient en rupture de la vision du numérique telle qu’elle avait été perçue par le MCC pendant quelques années, exclusivement défensive. Les usages numériques innervent notre quotidien avec tous ces terminaux connectés. On voit que l’appropriation, à travers la question de la création, l’utilisation d’applications, est très importante. Avec Silicon Valois, nous avons voulu créer les conditions d’un espace de travail permettant la création, l’appropriation de ressources culturelles qui sont libérées. Cela va jusqu’à l’identité visuelle de cette séquence, ouverte en open content, permettant à des collectifs d’artistes de la revisiter. Cela peut paraitre anecdotique, mais c’est hautement symbolique, quand on pense à la manière dont on conçoit une séquence numérique, d’autant plus sur ces sujets.

Mais c’est toujours sous le prisme du numérique…

Est-ce que cette séquence est vraiment numérique ? C’est symbolique puisque la dernière mesure est la création d’un espace éphémère de co-working, le co-working n’a rien de numérique. Le numérique commence à travers le matériel et les infrastructures utilisés, on vient avec sa tablette, son ordinateur, c’est devenu un outil de travail. Cela innerve en amont l’ensemble des politiques sectorielles, la politique des usages numériques permet d’enclencher une dynamique mais le numérique n’est pas une politique en soi, en ce moment c’est un axe du gouvernement de modernisation de son action publique, une manière de penser différemment notre quotidien et la façon dont on s’approprie les outils pour travailler, créer, innover, entreprendre.

Oui, cette séquence nous permet de faire la synthèse de projets mis en oeuvre depuis un an, à travers des partenariats, mais un partenariat avec Creative Commons France sur l’ouverture des données n’a que peu d’intérêt si les gens ne s’approprient pas les données pour créer, sur des supports numériques, mais également physiques. On pense par exemple aux potentialités en matière de design, il y a une mini-exposition dans le hall, un architecte a fait de l’impression 3D à partir de données numériques. Une sculpture n’a rien de numérique en soi, c’est l’utilisation de nouveaux outils. Une découpe laser, une imprimante 3D ont de l’utilité à travers les matériaux qu’on donne, et souvent ce sont des matériaux numériques. La conviction profonde du MCC est de réussir sa transition numérique et la boucle sera bouclée par rapport à ce que je disais en propos liminaire lorsque l’ensemble de nos politiques seront numériques.

Mais tant qu’on aura des musées où on ne peut pas toucher…

C’est un vrai questionnement qui touche les dispositifs de médiation, aujourd’hui on les pense à travers l’audioguide, une Nintendo DS ou un smartphone. L’appropriation passe aussi par l’appréhension physique d’un lieu, et comment on le conçoit et on l’interroge. Cette problématique revisite aussi la notion de performance artistique. Un des enjeux, mais je ne suis pas conservateur de musée, est de savoir comment parvenir à travers même la scénographie des dispositifs de médiation à cette appropriation. Nous avons organisé dans le cadre de Silicon Valois des ateliers avec des institutions culturelles, notamment sur les objets connectés et leur utilisation dans le cadre de la médiation. Nous avons ainsi reçu Happy trucs. Il pourrait y avoir des applications concrètes dans les musées. Mais selon moi, cette appropriation est à envisager sous l’angle de la médiation culturelle. On ouvre les portes du ministère, les résidents s’empare du lieu quotidiennement. Nous avons accueilli des jeunes de l’Ecole supérieure d’architecture, qui présentaient leur projet de fin d’année devant un jury, vous voyez devant nous une œuvre installée par eux, des performances artistiques ont été organisées dans le hall. Les résidents y organisent leur rendez-vous professionnels, Cela participe de l’ouverture et de l’appropriation d’un espace qui, il ne faut pas l’oublier, appartient à tous. On organise ce mercredi 28 mai un barcamp pour réfléchir à l’après Silicon Valois, vous êtes les bienvenus. Ce sont des enjeux culturels, pas au sens « du secteur culturel », mais « intellectuel ».

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Crédit Flickr CC by Mike Licht, NotionsCapital.com

Cette politique impulsée par le MCC peut donner l’impression d’être très parisiano-parisienne et de présenter un seuil d’accès assez élevé, ne serait-ce que par le vocabulaire employé. Comment relayez-vous ce discours dans les équipements culturels locaux : bibliothèques, musées, scènes de spectacle… ?

Il peut donner l’impression d’être parisiano-centré, c’est loin d’être le cas. Il y a des représentants d’institutions culturelles en région, le théâtre national de Strasbourg, l’école nationale supérieure de la photographie d’Arles…

Ce sont de grosses institutions…

Ce sont des institutions sous notre tutelle. Certains entrepreneurs profitent de déplacements sur Paris ou Bruxelles pour travailler ici. Cette politique se territorialise à travers des contrats de progrès État-région sur lesquels nous travaillons en ce moment, sur une stratégie numérique territoriale. L’enjeu est de former les directeurs régionaux des affaires culturelles et de travailler avec les acteurs de terrain, les clusters, les TPE-PME qui étaient présents. Toutes les agences régionales étaient là pendant deux jours, comme l’agence régionale du livre, pour des ateliers sur l’entrepreneuriat dans le domaine culturel à l’heure du numérique. Ils sont donc acteurs de cette dynamique et c’est important car ce sont ensuite nos ambassadeurs en région. Les institutions culturelles, je pense notamment à l’INA qui a des antennes régionales ou la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais, territorialisent la dynamique numérique qu’ils mettent en œuvre. En réalité peu de choses se passent à Paris, des acteurs du co-working nous ont aidés, La cordée qui a des antennes à Lyon, Silicon Sentier qui en a sur tout le territoire avec les Cantines. On atteint aussi les acteurs à travers des dispositifs de médiation et de communication. Les conférences susceptibles d’intéresser des acteurs régionaux sont filmées et mises à disposition sur les sites du MCC. On peut suivre à distance via Twitter, on échange ainsi avec cet écosystème qui grossit de jour en jour. Cette économie de projet a été mise en place en six mois, parce que nous ne travaillons pas seuls, et différemment, ces acteurs enrichissent notre réflexion et nos pratiques.

Allez-vous dupliquer, par exemple en région, Silicon Valois ?

C’est un des axes, tout s’inscrit sur le long terme, d’où la nécessité de réfléchir avec ceux qui ont fait vivre cette séquence, le dernier jour, sur les enseignements à tirer et ce qu’on peut en faire pour transformer l’essai. Je ne pense pas que ce soit forcément le rôle d’une administration d’avoir un espace de coworking en son sein mais peut-être, si cela répond à un besoin ou une demande des acteurs du secteur, d’inciter des institutions publiques en région à ouvrir davantage d’espaces d’innovation, qui ne sont pas forcément culturels.

Il est aussi important de penser les politiques culturelles à un instant

Silicon Valois est la reprise d’une terminologie renvoyant à un certain imaginaire autour de l’innovation états-unienne. Est-elle pertinente pour désigner un des futurs de la politique culturelle à la française ?

Le nom est parti d’un calembour qui est pertinent, l’idée est non pas de dupliquer ce qui est fait dans la Silicon Valley en Californie, mais de voir comment cette énergie créatrice importante, dont personne ne peut ignorer les résultats – même s’il y a eu des articles sur l’hypocrisie de la Silicon Valley, et les entrepreneurs qui s’y rendent et n’arrivent pas à transformer l’essai -, comment cette énergie trouve une application directe en France. Quel chemin on fait de la Californie, c’est ce qu’on a mis dans le pitch, à la rue de Valois, il y a une trotte, cela laisse le temps de réfléchir. Comment on s’approprie ce qui a marché dans cet esprit pour créer les conditions de l’innovation, comment on recrée des lieux, des espaces publics qui permettent cette effervescence créatrice et à de jeunes entrepreneurs de se lancer ?

Cet espace est éphémère car on a souvent tendance à penser les politiques culturelles dans une pérennité absolue, il est aussi important de les penser à un instant et d’enclencher une dynamique qui a vocation ensuite à innerver des territoires, d’autres acteurs, et permettre son appropriation pas forcément pour le MCC mais dans d’autres secteurs comme le ministère de l’Éducation ou de la Jeunesse, qui ont peut-être pour le coup vocation là à dupliquer ces initiatives pour irriguer l’ensemble des champs de nos politiques.

L’ambition de cette politique ne se heurte-t-elle pas à des barrières techniques, comme l’obsolescence des SI, l’état du parc informatique, qui se répercute dans les coûts de mise en œuvre de cette politique ?

J’y vois une opportunité. Ces bases de données se sont constituées dans une optique professionnelle et documentaire principalement, elles n’avaient pas vocation à être ouvertes au public. L’open data force à moderniser nos SI, c’est toute l’action du gouvernement et chez nous de la direction des systèmes d’information, avec un directeur qui est très impliqué.

Oui c’est coûteux, c’est la raison pour laquelle il faut penser l’open data en amont

La question du format est centrale, c’est pour cela que nous formons, on travaille dessus pour la suite pour pérenniser cette dynamique. Oui c’est coûteux, c’est la raison pour laquelle il faut penser l’open data en amont notamment dans les nouveaux projets pour avoir des fichiers propres et stables dès la conception et les investissements. L’open source est un autre aspect dont on a peu parlé. Les technos et le développement de projets coûtent très cher, on force et encourage les institutions culturelles à mutualiser et pour ce faire à utiliser de l’open source. Une circulaire interministérielle a été publiée en 2012, le MCC est engagé dans cette démarche depuis longtemps. C’est pourquoi l’open source est aussi discuté lors de cette séquence pour permettre à des institutions culturelles pour mieux en connaitre les tenants et les aboutissants.

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