Bâtiment

Intégrer le CO2 dans le futur label environnemental, un rattrapage de la RT 2012 ?

| Mis à jour le 14/05/2014
Par • Club : Club Techni.Cités

Jean Bergougnoux

Eric Nocher

La RT 2012 ne permettrait pas de minimiser les émissions de CO2 des bâtiments neufs et freinerait l’innovation, en privilégiant le gaz aux dépens de l’électricité. Tel est le discours de l’association Eden, qui propose de changer de braquet. Entretien avec son président Jean Bergougnoux.

Les professionnels du bâtiment et de l’énergie, représentés par l’association Eden, ont lancé un appel au gouvernement, le 30 avril, pour que le critère du CO2 soit intégré dans le futur label environnemental du bâtiment, annoncé par Cécile Duflot en mars dernier.

Lors d’un débat  organisé avec l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opesct), Serge Lepeltier, ancien ministre de l’Ecologie et du Développement Durable, a insisté pour que ce critère ne soit « pas perdu parmi d’autres tels que l’eau ou les déchets, mais bien inscrit comme une priorité ».

Le label, non contraignant, permettrait de préfigurer la RT 2020 dès l’année prochaine, alors que la France accueillera la conférence sur le climat en d’année.

Jean Bergougnoux, président de l’association Eden et ex-directeur général d’EDF, explique le point de vue des constructeurs et énergéticiens.

Pourquoi faudrait-il ajouter un plafond de CO2 à la RT 2012, qui impose déjà 50kwh/m²/an aux bâtiments basse consommation ?

La prise en compte des émissions de CO2 dans un « label environnemental » intéressant les logements neufs permettrait de contrebalancer le raisonnement en énergie primaire de la RT 2012, qui favorise le gaz aux dépens de l’électricité, alors que cette dernière est bien plus sobre en CO2(1). A l’exception du sud de la France, le seul moyen de respecter les 50KWh d’énergie primaire prescrits par la RT2012, pour l’électrique, est de consentir des investissements énormes en isolation, ce qui augmente considérablement le coût de la construction et le fait sortir du marché… Dans les régions où il n’y a pas de réseau de gaz, les pompes à chaleur sont efficaces. Mais seuls les gens qui ont d’importantes disponibilités financières peuvent se les permettre. Le secteur de la construction a enregistré 40 000 primo accédants de moins en 2013, dont 40 % sont probablement imputables à la RT 2012, avec un report sur l’ancien. Dans le panorama des mises en service de logement neuf, les logements « tout électrique » chauffés par radiateurs ne résistent que dans le Sud, où les besoins de chauffage sont faibles… Faut-il privilégier à ce point le gaz, alors que l’objectif 2030, annoncé par le Président de la République, est de réduire d’un tiers notre consommation d’énergies fossiles ? La consommation primaire d’énergie nationale a augmenté de 16 % ces vingt dernières années, alors que les émissions de CO2 ont baissé de 8,8 %. L’énergie primaire n’est donc pas un bon indicateur de la maîtrise du CO2.

Faut-il privilégier davantage l’électricité dans le chauffage, au détriment du rendement énergétique ? Le coût de l’énergie pour les utilisateurs n’en sera-t-il pas plus élevé ?

Aux tarifs actuels de gaz et de fioul, le « tout électrique » est moins cher pour l’utilisateur. Quand on se chauffe au gaz, on doit en effet payer l’abonnement aux deux énergies, contre un seul quand on est au tout électrique. Il faut aussi compter l’entretien de la chaudière pour le gaz et éventuellement, le ramonage de la cheminée…  L’Ademe a montré l’avantage économique de l’électrique en maison individuelle comme en habitat collectif. Mais la question de la hausse des prix reste en suspend : lequel va évoluer le plus vite ? Le prix du gaz a doublé en quatorze ans en monnaie courante, tandis que l’électricité augmentait un peu plus que l’inflation (+25 %). Cependant, une hausse de l’électricité est annoncée pour l’an prochain. Quant au gaz, relativement stable, ces derniers mois, il reste soumis aux aléas géopolitiques.

L’électricité peut s’avérer carbonée aux heures de pointes, quand les centrales à charbon sont mobilisées… Comment intégrer ce biais dans le calcul du CO2 ? Et surtout, comment éviter ces émissions ?

Les pics de consommation sont marginaux dans les émissions, par rapport à la consommation annuelle. Il n’en demeure pas moins que durant les périodes froides de l’année, les émissions de CO2 par kWh électrique produit sont plus élevées. On sait en tenir compte dans le calcul du « contenu en CO2 » des différents usages de l’électricité (eau chaude sanitaire, chauffage des locaux, etc.). L’Ademe travaille actuellement au perfectionnement de ce type de calculs. En outre, nous savons comment effacer ces pics de consommation. Nous le faisons déjà avec les ballons d’eau chaude, qui sont de formidables stocks d’énergie (30 GW de puissance installée sur le territoire). On pourrait faire la même chose avec le chauffage, dans le logement neuf, où il y a une bonne inertie thermique, en chauffant une heure avant le pic de demande. Nous allons d’ailleurs devoir de plus en plus réguler les distorsions production-demande pendant la journée, avec l’arrivée des éoliennes. D’où l’utilité des smart grids. Pour réguler les énergies renouvelables, nous avons besoin de logements électriques, capables de dialoguer avec le système.

Qui s’oppose au plafonnement du CO2 dans les normes et dans le label ? Quelles sont ses chances d’être adopté aujourd’hui ?

C’est un héritage du Grenelle de l’environnement, où l’on a assimilé le développement de l’électricité avec celui du nucléaire. Au départ, la RT 2012 devait comprendre un coefficient permettant d’abattre la consommation des diverses énergies en fonction de leurs émissions de CO2. Le bois, énergie renouvelable, a bénéficié d’un abattement de 30 %, mais on a « oublié » d’en prévoir un pour l’électricité, pourtant moins émettrice que le gaz. Eden demandait 25 % d’abattement. Lors de son passage au ministère du logement, Cécile Duflot n’a pas souhaité faire évoluer, si peu que ce soit, la RT2012. En revanche, elle a lancé ce label environnemental, qui doit préfigurer la RT 2020 mais être applicable dès 2015. Cela dit, nous sommes au tout début de la réflexion, on ne sait pas comment il sera fait. Sa rapidité de mise en place est cruciale, cependant, pour assurer la pérennité d’une filière industrielle innovante.

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