Environnement

« Zéro phyto » : points forts et points faibles des collectivités

| Mis à jour le 15/04/2014
Par • Club : Club Techni.Cités

Rafael Ben-Ari - Fotolia

600 collectivités ont fourni des informations sur leur pratique du "0 phyto" pour l'opération de recensement national lancé par un collectif d'associations. L'Ile de France est en pointe du mouvement : 122 communes et un département d’Ile-de-France, soit près de 10% des collectivités, n’utilisent plus de pesticides, selon une étude menée par l’agence Natureparif. La région tente de peser sur les politiques locales pour parvenir à l’objectif « zéro phyto » d’ici 2020.

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En route vers le "zéro phyto"

 

Pour la première fois, une carte nationale référence les communes qui ont banni l’usage de pesticides ou ont engagé leur réduction. A son lancement, le 3 avril 2014, seulement 600 collectivités avaient fourni des informations au collectif (1) à l’initiative de ce recensement, et qui a lancé une campagne « 0 phyto, 100% bio » en février dernier .
Le bilan est donc pour l’heure plutôt maigre : environ 450 communes n’utilisent plus de produits chimiques, sauf, pour une grosse moitié d’entre elles, dans les « espaces contraints » (terrain de sport, cimetière…).

Objectif partagé en Ile-de-France – La région Ile-de-France, qui a effectué son propre recensement via son agence Natureparif, affiche de bien meilleures statistiques. Déjà du point de vue du nombre de répondants : 62 % des 1 400 collectivités franciliennes ont joué le jeu de la transparence. 95 % d’entre elles déclarent s’être engagées dans une réduction de l’usage des pesticides, et 16 % (122 communes et un conseil général) les ont complètement abandonné sur l’ensemble des espaces dont elles ont la gestion.

Si l’on inclut les communes n’ayant pas répondu à l’enquête – et dont on peut présumer qu’elles utilisent encore des pesticides – la région totalise 9,5 % de communes « 0 phyto ». C’est peu au regard de l’échéance réglementaire et des enjeux sanitaires, mais c’est beaucoup si l’on compare à la situation nationale.
Un gros tiers des répondants (35 %) déclare en outre vouloir s’engager dans cet objectif. A noter également que six conseils généraux franciliens sur sept (Paris exclus) ont initié une démarche de réduction des pesticides, mais seul le Val d’Oise assure les avoir complètement bannis.

Répartition des collectivités d’Ile-de-France par type d’usage des pesticides

 

L’utilisation de pesticides dans les communes d’Ile-de-France

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Focus sur la Petite couronne

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Cimetières et terrains de sport à la traine – Dans le détail, les différents espaces n’affichent pas les mêmes résultats, en fonction du caractère plus ou moins « sensible » de leurs usages.
Ainsi, 77% des collectivités n’utilisent plus de pesticides dans les espaces verts, mais elles sont seulement 28% à avoir étendu cet usage aux cimetières. Une petite moitié a franchi le pas pour la voirie (48%) et les terrains de sports (45%).

Proportion de collectivités utilisant des pesticides ou non par type d’espace

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Accompagnement – Difficile de s’engager seul dans un chantier d’une telle exigence : 68 % des collectivités qui s’inscrivent dans une démarche de réduction des produits phytosanitaires sont ou ont été accompagnées par un partenaire local (conseil général, PNR, Fredon IDF, Aqui’Brie, Plante & Cité…). Et 31 % ont mis en place des plans de formation des agents. Un petit quart (23 %) ont établi un plan de désherbage.

Avant de s’inquiéter de l’échéance de 2020 fixée par la loi Labbé, il conviendrait, souligne Natureparif, de respecter la réglementation déjà en vigueur : l’agence « atteste d’un non-respect généralisé par les collectivités » de l’arrêté du 27 juin 2011, qui interdit l’usage de certains produits dans les lieux fréquentés par le grand public ou des personnes vulnérables.

Subventions sous conditions – La région Ile-de-France ne fait pas que recenser les collectivités, elle assure également le « soutien au changement des pratiques », souligne Corinne Ruffet, vice-présidente (EELV) du conseil régional à l’environnement, l’agriculture et l’énergie, qui indique que « tout financement de la région au titre de la biodiversité est désormais conditionné à l’engagement [de la collectivité] dans une démarche vers le « zéro phyto » ».
Le conseil régional soutient également, à hauteur de 40 ou 50% de l’investissement, les communes qui se tournent vers les techniques alternatives de désherbage. Plus généralement, l’affectation des fonds régionaux répond à une logique favorisant la prévention à la réparation : « nous avons arrêté de financer la dépollution des eaux : notre rôle c’est de prévenir et d’éviter une eau non potable ».

La vice-présidente du conseil régional milite par ailleurs, avec l’ARF, pour que les régions se voient confier une vraie compétence « biodiversité », au-delà du seul chef de filat octroyé par la récente loi « Métropoles »
En attendant, l’Ile-de-France se montre particulièrement investie dans le chantier du « zéro phyto ». « Il faut bien admettre que cela s’explique aussi par le fait que nous disposons de beaucoup de moyens » par rapport aux autres conseils régionaux, reconnait Corinne Ruffet. Le nerf de la guerre…

Colombes veut amener le « zéro phyto » dans les pavillons

La ville de Colombes (Hauts-de-Seine, 85 102 hab.), qui travaille régulièrement en collaboration avec Natureparif, est passée au « zéro phyto » sur les espaces verts et la voirie depuis quelques années déjà. En atteste la labellisation Ecojardin obtenue sur trois sites emblématiques de la commune (parc Caillebotte, Coulée verte et Centre nature).

Les agents des espaces verts ont suivi des formations en interne sur la gestion raisonnée et l’arrêt des pesticides, et la démarche n’a pas été, en tout cas à ses débuts, du goût de tous : « Le jardinier qui a trente ans de métier, on lui a appris à ses débuts ce qu’était un beau massif : « propre », bien entretenu, dégagé, etc. Et nous, on lui demande de limiter les arrosages, de faire du paillage, de ne pas tondre partout, de reprendre la binette… Ce n’est pas facile à faire accepter à tous les agents, ça implique beaucoup de sensibilisation et d’accompagnement », explique Laurent Senftleben, responsable du service Ecologie urbaine. Un changement de pratiques qui passe aussi par la responsabilisation : « On fait en sorte également que le jardinier devienne un  » éducateur à l’environnement  » auprès du public ».

Troc nature – Deuxième étape, et pas des moindres, pour la ville « la plus pavillonnaire des Hauts-de-Seine » : faire reculer l’usage des pesticides chez les particuliers, également visés par la loi Labbé. « C’est intéressant de faire du « 0 phyto » dans les espaces publics, mais tant qu’on ne le fait pas dans le privé, les zones traitées par des produits chimiques restent majoritaires sur le territoire communal, explique Laurent Senftleben. On sait aussi que le dosage des produits est souvent très mal géré par les particuliers. ».

Fin avril, la ville organise un « Troc nature », durant lequel les gens seront invités à venir déposer leurs produits phytosanitaires. En échange, une conférence gratuite sur les techniques alternatives leur sera proposée. Comme avec les agents, dialogue et sensibilisation demeurent les meilleurs leviers du changement.

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