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Elections municipales 2014

« Seuls le Parti de Gauche et le FN échappent à la dépolitisation » – David Guéranger, politiste

Publié le 21/03/2014 • Par Hugo Soutra Jean-Baptiste Forray • dans : A la une, France

Des éco-quartiers aux grands stades en passant par le primat accordé à la vidéosurveillance, le politiste David Guéranger constate une uniformisation des programmes d’action publique locale portés par la gauche comme par la droite. Au-delà de cette étrange similitude traduisant une dépolitisation certaine, il pointe aussi une hyper-technicisation du débat, incarnée à ses yeux, par des jeunes candidats PS issus des cabinets d'élus ou des services des collectivités. Entretien.

Quel premier bilan tirez-vous des élections municipales 2014 ?

Dans les cas que j’observe, ce scrutin est marqué par une forte dépolitisation.
Au cours de leur campagne, l’ensemble des candidats a cherché à se démarquer autant que possible de leur parti. Cela leur permet d’éviter d’assumer l’impopularité présidentielle ou encore les frasques de l’UMP.

Les maires, mais aussi la plupart de leurs adversaires, préfèrent mettre en avant les enjeux locaux et se poser en défenseurs de leur territoire. Ainsi, ils acceptent ou opposent un projet « au nom de leur commune » et non plus d’un principe politique plus large et transposable.

En quoi cela poserait-il un problème démocratique ?

La référence constante aux territoires plutôt qu’à des logiques partisanes renvoie directement à l’abandon des lignes de clivage classiques. Or, ces clivages étaient nécessaires pour assurer la représentation politique d’intérêts diversifiés.

Plutôt que de politiser leurs discours et donc prendre le risque de ne pas s’adresser à l’ensemble des électeurs, ils préfèrent faire sagement campagne sur des enjeux consensuels, tels que la proximité ou encore l’efficacité.
Cela leur permet, au passage, de se poser en gestionnaires, avant tout soucieux de la maitrise des dépenses publiques.

Ce phénomène touche-t-il aussi les grandes villes ?

Oui. L’apolitisme, que l’on croyait jusqu’ici réservé au milieu rural, se traduit en milieu urbain par l’uniformisation des programmes d’action.
Il passe notamment par une fascination pour la question métropolitaine, perceptible à droite comme à gauche.

Prenons le cas d’Alain Juppé (UMP) à Bordeaux et de Martine Aubry (PS) à Lille, tous deux alliés au MoDem durant cette mandature: après la mode de l’éco-quartier et du grand stade, ils ont choisi de mettre notamment l’accent sur les activités périscolaires et la culture.
L’ambition est partout la même : attirer les « classes créatives », les jeunes ménages, les actifs.

La sécurité n’est-elle pas, a contrario, une thématique plus « clivante » ?

Elle l’était naguère, mais cette thématique apparait de plus en plus consensuelle.
Après avoir gagné les municipalités socialistes de Lyon, Strasbourg et Dijon, la vidéosurveillance se généralise à grands renforts de justifications « pragmatiques ». C’est le cas y compris à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), ville de l’ancienne « banlieue rouge » encore dirigée par le PCF.

La politique à l’égard des populations Roms ne varie guère non plus selon les étiquettes politiques des maires. Un peu partout, nous assistons à sa « racialisation », pointée dans un ouvrage récent (1).

La construction de logements sociaux suscite-elle encore des clivages ?

Moins que par le passé, dans la mesure où le logement social ne renvoie plus automatiquement à des questions de justice sociale ou d’équilibres entre richesse et pauvreté.
Ce que montrent les derniers travaux en la matière(2), c’est que la plupart des maires se sont pliés aux contraintes des 20% [passés à 25% en 2013, ndlr] de logements sociaux exigés par la loi « SRU ».

Sauf, qu’en échange de répondre à cette exigence de mixité, ils ont gardé la main sur le peuplement de leurs logements sociaux. En clair : ils choisissent leurs pauvres, en privilégiant par exemple les habitants de leur commune.

Comment expliquer un tel unanimisme, partout en France, à droite comme à gauche ?

Il a de multiples causes. Il tient, par exemple, à l’évolution des rapports de force internes aux partis politiques via les congrès influencés par les fédérations militantes. Le Parti Socialiste, pour ne prendre que cet exemple, est devenu un parti verrouillé par les notables locaux.

Dans les grandes villes, ces élus s’affranchissent allègrement de la Rue de Solferino et des relais plus politisés, syndicaux ou militants.
De fait, ils abandonnent d’autant plus facilement la référence aux classes populaires, comme préconisé d’ailleurs par la Fondation Terra Nova pourtant classée à gauche.

En quoi le profil des postulants favorise-t-il cette tendance ?

L’unanimisme tient aussi au recrutement politique. A Nantes Rennes et Grenoble, les jeunes candidats PS Johanna Rolland, Nathalie Apperé et Jérôme Safar affichent des profils techniques et sont issus des cabinets ou des services des collectivités. Ils se posent en gestionnaires des affaires publiques, bien loin des profils plus militants de leurs aînés (3).

Cette dépolitisation frappe-t-elle l’ensemble des partis ?

Elle touche d’abord les formations implantées localement : le PS et l’UMP bien sûr, mais aussi selon les cas le PCF et, plus récemment, EELV.
Seuls les outsiders qui n’ont jamais été au pouvoir et ne font donc pas partie de coalitions locales, y échappent apriori. On y retrouve plutôt le Parti de Gauche et, à l’opposé, le FN.

Les médias ont-ils également une part de responsabilité ?

Sans aucun doute. La presse nationale comme la presse locale n’aide en rien à la politisation des enjeux. En lisant les journaux, la plupart des citoyens ne savent rien des véritables clivages entre candidats, leurs représentations concernant l’aménagement du territoire ou la cohésion sociale, leurs positions vis-à-vis de l’intercommunalité, etc…

La presse locale entretient de façon révérencieuse la figure du maire bâtisseur, listant toujours la longue liste des réalisations passées ou futures.
Obnubilés par les seules rivalités entre candidats, les journalistes restent par ailleurs férus de course de petits chevaux : qui va gagner ? Qui fait alliance avec qui ? Qui est contre qui ?

Ce mode de traitement relève d’une conception assez pauvre de la politique. On peut par ailleurs se demander dans quelle mesure il ne favorise pas aussi l’abstention…

Le fléchage des conseillers communautaires à l’occasion de ces municipales permet-il d’intéresser à l’intercommunalité ?

Cette évolution du scrutin est tellement compliquée que personne n’a assumé sa médiatisation. Ni les associations d’élus locaux, ni les représentants du gouvernement. Il y a eu un jeu de défausse déplorable.
L’objectif de ce palliatif au suffrage universel direct est de réduire le déficit démocratique et d’assurer la transparence des intercommunalités. Il est, à l’évidence, loin d’être atteint.

On peut même se demander si ce n’est pas l’opacité qui sort renforcée ! Mais, pouvait-il en être autrement avec une mesure essentiellement symbolique ?
Des règles de liaison encore très fortes assurent aux maires un certain contrôle : on garde pour les conseillers communautaires le même bulletin qu’aux municipales, le même ordre pour les candidats, etc…

De plus en plus de têtes de liste indiquent néanmoins avant le scrutin, si elles seront ou non candidats à la présidence du conseil communautaire. N’est-ce pas là un gage de transparence ?

Cette publicisation précoce montre que l’intercommunalité est désormais pleinement intégrée au jeu politique local. A l’instar d’autres institutions, elle offre des débouchés aux professionnels de la politique qui l’intègre logiquement dans leurs calculs visant à se répartir les postes de pouvoirs.

La transparence demeure cependant marginale. Les vice-présidences – qui représentent l’essentiel des postes exécutifs communautaires – continuent à être négociées durant l’entre-deux tours ou après, entre candidats aux municipales, dans la plus grande opacité là encore.

Pourquoi considérez-vous que l’intercommunalité reste l’affaire des maires ?

Il faut se garder d’essentialiser et de loger tous les maires à même enseigne, il faut aussi regarder le rôle très politique de certains fonctionnaires.

Néanmoins, en général, le bureau communautaire reste le principal poste de commande de l’intercommunalité, et les maires monopolisent un droit de véto sur leur commune.

L’élection au suffrage universel direct sans fléchage d’une partie des conseillers métropolitains et donc leur autonomisation est cependant mise à l’agenda politique dans la loi « MAPTAM »…

EELV a obtenu gain de cause là-dessus au Parlement. Il s’agit là d’un vieux serpent de mer.
Mais sans vouloir me faire devin, pourquoi réaliserait-on cette promesse demain, après l’avoir repoussée aux calendes grecques lors de la précédente mandature ? De toute façon, l’élection ne changerait pas tout.

Qu’entendez-vous par là ?

Les processus de dépolitisation et de standardisation des politiques publiques touchent aussi les communes, les départements et les régions, dont les élus sont pourtant désignés au suffrage universel direct. Il n’est pas plus simple d’y faire exister le débat et d’interroger des sujets clivants.

Au nom de la rapidité et de la souplesse de la décision, le pouvoir y est satellisé afin que le politique ne perde pas de temps.
Les sociétés d’économie mixte, les syndicats mixtes, les entreprises publiques locales, les « pôles » divers et variés sont créées dans ce but. Dans la loi « Maptam », sont instaurées des conférences territoriales de l’action publique entre les divers échelons. Certains ont même voulu créer un organe parallèle au Sénat, mais en moins démocratique : le Haut Conseil des territoires.

Tout cela correspond à un changement profond de nos régimes politiques.

Comment se manifeste ce changement ?

Par une très forte technicisation et une dissociation entre les espaces de délibération et les lieux de décision. L’intercommunalité, comme on aime à le dire avec mon collègue Fabien Desage (4), a quelque chose de « l’Europe du dedans. »

Comme les négociations économiques internationales ont leur G12, leur G8 ou leur G7, les négociations entre institutions locales ont, elles aussi, leurs groupes restreints : un conciliabule réunissant les dix élus les plus puissants de Lille Métropole, surnommé le G10, se réunit en amont de chaque bureau communautaire afin d’en ficeler le contenu à l’avance.

Modèle réduit de l’UE, la décision est externalisée non pas hors du parlement mais ici hors du conseil communautaire. L’objectif demeure le même : éviter le débat.
Le débat demande de s’invectiver, même artificiellement, donc de produire de la contre-argumentation, donc du temps et de l’argent…

On peut condamner la multiplication de ces lieux où s’élabore l’action publique sans contrôle démocratique, mais n’est-ce pas ignorer le fait qu’une partie grandissante de nos concitoyens semble se préserver autant que possible de participer à la vie publique ?

Etant donné les faibles audiences des arènes de la « démocratie participative », comme les conseils de développement ou les comités de quartiers, on pourrait être amené à conclure rapidement à une dépolitisation des citoyens. Mais c’est oublier que ces structures ont, dans bien des cas, été phagocytées et que les débats y sont noyautés par les élus.

Je n’ai pas la réponse au fameux débat sur l’œuf et la poule. Ce qui est certain, c’est que l’intérêt citoyen se fabrique. Or, un conseil communautaire est horriblement ennuyant.
Les assemblées se résument, le plus souvent, à une succession de votes sur des dossiers techniques préalablement cadenassés par les maires, jusqu’à des heures tardives…

La raréfaction de l’argent public ne va-t-elle pas faire exploser le consensus intercommunal ?

Le compromis originel entre maires a été obtenu, c’est vrai, grâce à un puissant carburant financier : la majoration de la Dotation globale de fonctionnement (DGF). Mais il existe d’autres moyens de maintenir ce consensus pour éviter de cliver et de rallonger la négociation, y compris lorsque la ressource diminue.

C’est par exemple le cas des opérations de Programmation pluriannuelle des investissements (PPI), documents de cadrage qui prévoient noir sur blanc la répartition des financements par commune sur toute la durée de la mandature. On peut y ajouter le recours aux financements croisés, qui supposent là encore de s’affranchir des références partisanes ou idéologiques.

Comment expliquez-vous la popularité de vos thèses parmi les cadres de la fonction publique territoriale ?

Je ne sais pas dans quelle mesure on peut parler de « popularité »…

Cela dit, on peut supposer que la critique du consensus et de la dépolitisation rencontre un ensemble de déceptions, de frustrations ou d’aspirations qui sont assez manifestes chez les cadres intermédiaires, du fait notamment de leur rôle dans le portage des dossiers.

C’est sûrement bien différent pour l’encadrement supérieur. Les DGA et autres DG sont des professionnels de la gestion de la complexité politique, amenés à négocier pour atténuer un conflit qui serait par exemple né d’une bisbille entre le maire d’une ville-centre et le président de son intercommunalité. Au-delà de leurs spécialités respectives, leur métier consiste aussi à intégrer les contradictions et les blocages politiques.

Références

David Guéranger est un sociologue et politiste rattaché au Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS) de l’université Paris-Est.
Maître de conférence à l’Ecole des Ponts depuis 2006, ce spécialiste des institutions locales étudie les réformes de décentralisation en France et leurs effets socio-politiques.

Cet article fait partie du Dossier

Municipales 2014 : l’effet domino pour les DGS, les agents, les collectivités, sur fond de rigueur

Sommaire du dossier

  1. La droite va entrer en force dans les métropoles
  2. La moitié des grandes intercommunalités changent de tête
  3. Les associations d’élus vont, aussi, changer de tête
  4. Alternance : les rudes lendemains des DGS
  5. Fonction publique : vers un mercato d’envergure où les places vont être chères
  6. Alternance : étranges ambiances dans les services
  7. Mairies « FN » : le syndicat des directeurs généraux sera « vigilant »
  8. Municipales 2014 : Le tour des régions les plus emblématiques
  9. Municipales 2014 : quels enseignements tirer du vote (et non-vote) des banlieues ?
  10. « Seuls le Parti de Gauche et le FN échappent à la dépolitisation » – David Guéranger, politiste
  11. Comment les communes se préparent aux nouveaux modes de scrutin
  12. Election des délégués communautaires : « C’est loin d’être limpide »
  13. « L’intercommunalité éloigne les candidats de la politique partisane » – Jean Pierre Sueur, sénateur
  14. A Hénin-Beaumont, les fonctionnaires territoriaux sur le qui-vive
  15. A Forbach, les fonctionnaires territoriaux face à l’hypothèse Front national
  16. Municipales : ce que les maires FN veulent faire en matière de sécurité
  17. Quand les fonctionnaires territoriaux deviennent des cibles électorales
  18. Municipales : les DGS engagés, forcément engagés…
  19. « Minimiser les problèmes d’insécurité fait le jeu du Front national » – Bernard Alidières, géographe
  20. Femmes têtes de liste pour les élections municipales : carton rouge aux formations politiques
  21. Campagne municipale : combien ça coûte ?
  22. L’emploi s’impose dans la campagne électorale
  23. L’interco, passagère clandestine de la campagne des municipales 2014
  24. Municipales : les impôts locaux, un thème prisé des challengers
  25. Municipales : la sécurité, un thème de plus en plus consensuel
  26. Comment les candidats se positionnent vis-à-vis de la lutte contre l’homophobie
  27. Municipales : les réseaux sociaux à deux vitesses
  28. Récolement post-électoral : les 7 erreurs à ne pas commettre

Notes

Note 01 "Roms et riverains, une politique municipale de la race", par Eric Fassin, Carine Fouteau, Serge Guichard, Aurélie Windels, éditions La Fabrique, 2014 Retour au texte

Note 02 "Politiques du logement" par Fabien Desage, Manuel Schotté, Savoir/Agir n°24, juin 2013 Retour au texte

Note 03 "En attendant le « vote sanction » ? Les notables socialistes en ordre de bataille" par Rémi Lefebvre, revue Métropolitiques, 31 janvier 2014 Retour au texte

Note 04 "La politique confisquée, sociologie des réformes et des institutions intercommunales", par Fabien Desage et David Guéranger, éditions du Croquant, 2011 Retour au texte

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