Environnement

Algues vertes : les collectivités n’attendent pas de miracle de la chabasite

| Mis à jour le 18/02/2014
Par • Club : Club Techni.Cités

Un minéral extrait en Italie, réduit en poudre et incorporé aux aliments porcins ou aux amendements des sols saurait-il résoudre le fléau des marées vertes qui pollue les côtes bretonnes depuis une quarantaine d’années et, plus récemment, les côtes normandes et atlantiques ? L’Etat et deux collectivités bretonnes ont financé les études de la société montpelliéraine qui souhaite importer cette chabasite.

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Pourquoi et comment les collectivités doivent lutter contre les nitrates ?

En 2011, les élus et le préfet de Bretagne sont abordés par Jacques Bouyer, directeur de Provalis, une société de négoce de produits chimiques, basée à Béziers. Il recherche l’appui des pouvoirs publics afin de démontrer les effets qu’aurait l’introduction dans les techniques agricoles de la chabasite, une roche volcanique qui capterait l’ammoniaque des lisiers. L’enjeu intéresse les Bretons confrontés aux marées vertes, phénomène lié à l’excès de nitrates dans les cours d’eau et, en amont, à l’épandage des effluents d’élevage.

Deux expérimentations financées sur fonds publics – L’année suivante, Jacques Bouyer crée une nouvelle société, Nitracure, et la préfecture de Bretagne accepte de financer 80% d’un programme de recherche estimé à 46 000 euros et destiné à évaluer l’impact de l’introduction de 3% de chabasite dans l’alimentation des cochons. L’expérimentation est confiée à l’Institut du porc qui a communiqué ses résultats, encourageants, au début du mois de février. Il est ainsi montré que la chabasite permet de diminuer, de façon sensible, les rejets azotés présents dans les lisiers (36% pendant la période d’engraissement et 9% pendant la période de finition).

Un second volet de recherche concerne l’apport de chabasite en plein champ afin de capter l’azote contenu dans les effluents d’élevage épandus. Missionnée par Nitracure, la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne propose un premier protocole pour un coût de 180 000 euros hors taxes ; les services de l’Etat demandent à la Chambre que soit revu à la baisse le programme de recherche. C’est ainsi que démarre, au début de l’année 2013, un essai sur une parcelle agricole à Quimperlé (Finistère). Le budget de 34 292,50 euros hors taxe est financé à parts égales par l’Etat, le conseil régional de Bretagne, le conseil général des Côtes-d’Armor et l’industriel.

Un coût prohibitif – « Il faut trois années de culture pour obtenir des résultats calibrés, explique Olivier Manceau, chargé du dossier à la Chambre d’agriculture. A la fin de l’hiver dernier, on a incorporé la chabasite après le fauchage du couvert végétal d’hiver. En mai 2013, on a semé du maïs et maintenant la parcelle est en céréales. » En préfecture, la mission interdépartementale et régionale de l’eau a observé que « le coût de l’épandage de cet élément est pour le moment prohibitif (1320 euros par hectare). Même si un passage en phase industrielle permettrait certainement de diminuer ce coût, il paraît peu vraisemblable que des exploitants feront ce choix économique ». « Le financement public de cette expérimentation pose la question du lien avec les investissements de recherche et développement normaux que doit consentir une entreprise privée quand elle souhaite lancer un nouveau produit sur le marché, et convaincre de son utilité, » ajoutent les services de l’Etat.

La chabasite n’est pas le premier minéral curatif identifié pour lutter contre les marées vertes. En 2010, un universitaire nancéen proposait d’utiliser la fougerite pour capter les nitrates aux embouchures des cours d’eau. « La solution miracle contre les algues vertes n’existe pas, commente Jean-Paul Hamon, chef du service de l’environnement à la Chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor. Nous avons plusieurs fois été confrontés à diverses solutions qui ne sont pas toujours en phase avec l’ampleur du phénomène des marées vertes. »

Qui paiera la chabasite ? – L’été passé, une délégation des Côtes-d’Armor s’est rendu dans le nord de l’Italie où la chabasite est utilisée pour limiter les mauvaises odeurs des élevages porcins. Au début du mois de mars, le conseil général réunira les représentants de la société Nitracure avec les services de l’Etat et le conseil régional, pour présenter les résultats de l’Institut du porc et le protocole de la Chambre d’agriculture et envisager une expérimentation plus large sur un bassin versant. « L’objectif est de passer à une expérimentation sur un bassin versant, explique-t-on dans l’entourage du président du conseil général, Claudy Lebreton. Le modèle économique peut être soutenu, au début, par les deniers publics, ensuite, il devra être viable. » Toutefois, la chabasite suscite davantage de circonspection à l’échelon régional.« Je n’ai pas de raison de douter des résultats qui donnent un rôle positif à la chabasite, ensuite, il faut traiter la question de manière économique, observe Michel Morin, vice-président du conseil régional de Bretagne, chargé de l’agriculture. Cela coûte quatre euros par porc, qui va payer ? La société Nitracure a compris que ce n’est pas l’argent public qui financerait la chabasite. C’est donc à la filière porcine de trouver une méthode de financement si elle estime qu’il y a un intérêt. »

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Commentaires

2  |  réagir

21/02/2014 11h14 - NPK

Et pourtant, les algues vertes ont bel et bien disparu des côtes italiennes depuis une dizaine d’années, malgré le fort développement des élevages de la région de Parme… Pourquoi ne pas s’inspirer en Bretagne de cet exemple réussi d’un contrôle 100% naturel et à priori définitif d’une pollution sans précédent ?

Vous oubliez aussi de mentionner le coût exorbitant du traitement « curatif » de la pollution aux nitrates qui – comme le disait si bien Desproges au sujet du cancer – fait vivre grassement plus de gens qu’elle n’en tue…

Le coût individuel de cette pollution pour chaque contribuable est d’environ 215 € par an, et les concessionnaires du juteux marché de l’eau chargent quelques 70 € par kilo de nitrates extraits de l’eau…

La chabasite de son côté – selon les résultats de l’IFIP – permet d’empêcher la production et le rejet par les porcs de près de 2 kg d’azote potentiellement lessivable. Cela fait un traitement préventif et amont de seulement 2 euros par kg, à comparer aux 70 euros qui font le bonheur des concessionnaires du traitement de l’eau au niveau communal…

La prévention amont de la pollution coûterait à la Collectivité 20 fois moins cher que son traitement aval… Comme dans le médical, d’ailleurs, où il vaut bien mieux également prévenir que guérir…

Redonner du pouvoir d’achat à chacun – 215 euros par an et par personne, cela représente plus de 700 euros par foyer fiscal… – en permettant aux éleveurs de produire plus propre pour un coût bien moindre, cela fait un maximum de sens…

Mais tant que nos budgets seront utilisés pour faire les dividendes des grands groupes, on essaiera toujours d’empêcher les petites entreprises innovantes d’apporter des solutions préventives astucieuses et 100% naturelles, comme c’est le cas avec la chabasite et son précédent Italien…

Prenez du recul, en tant que journaliste… Je vous conseille vivement la relecture du rapport du Ministère de l’Environnement sur le coût global de la pollution aux nitrates… Édifiant… Et terrifiant, car il fait prendre conscience de l’incroyable gabegie collective quand l’Etat ne joue pas son rôle en amont d’une pollution qu’il pourrait parfaitement maîtriser à moindre coût…

A l’instar de la région de Parme, l’activité de l’élevage porcin est une « bénédiction » pour l’économie Bretonne, qui si elle perd de sa compétitivité, se verra remplacer par des importations en provenance d’Allemagne ou de Roumanie ou de Hollande, les Leclerc de ce monde ne faisant pas de sentiment, juste du business…

Mais ce succès pâti de la concurrence déloyale de l’Allemagne :les Bulgares et autres sont payés trois euros de l’heure dans les abattoirs, ce sont les « slaves » des temps modernes au sens étymologique du mot, puisque les Américains l’avait gardé pour définir leurs esclaves, ce que l’on a tendance à oublier…

Et ce succès a un coût environnemental que les éleveurs ne peuvent porter seuls, alors qu’ils font moins de 20 euros de marge par porc pour six mois de travail et un investissement conséquent, contrairement à la Grande Distribution qui continue de se gaver après simple découpage et ensachage…

Rappelons-nous simplement qu’ »Il y a trois cochons pour un Breton », soit 12 millions de porcs qui produisent chacun trois fois plus de déchets organiques qu’un Breton, même tout mouillé… Donc un rapport 9.

Les éleveurs, qui sont à marge minimale en raison de la pression de la grande distribution qui pousse toujours à produire plus et moins cher, donc moins propre, ne peuvent pas à eux-seuls prendre en charge les « eaux sales » de « 36 millions d’équivalents Bretons », c’est juste impossible…

Alors, imposons à la Grande Distri de n’acheter que du porc « propre » – et juste un peu plus cher, puisqu’elle achète aujourd’hui le porc à 1,5 euros le kg aux éleveurs, pour le revendre parfois plus de 10 euros… Jolie marge quand même, sur le dos du contribuable, qui croyant payer moins cher, va financer son porc en réglant sa facture d’eau et ses taxes communales…

Cette aberration va cesser d’une manière ou d’une autre, Bruxelles ayant décidé d’infliger à la France au printemps une amende mémorable pour non-respect de la directive nitrates, avec force astreintes à la clé.

Donnons donc leur chance aux éleveurs qui jouent le jeu de la prévention, et taxons ces traders et distributeurs qui encouragent à polluer…

La Grande Distribution va toucher plus de deux milliards d’euros au titre de la CICE, imposons qu’une partie de cette incroyable manne soit utilisée pour acheter propre et local…

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18/02/2014 10h39 - Jean Jacques

Je me demande si cette chabasite ne relève pas du principe de l’emplâtre sur la jambe de bois, avec la crainte que du coup, grâce à ce minéral miracle, on aille vers encore plus d’élevage industriel
Et si on arrêtait cette fuite en avant ?

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