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Education

La réforme des rythmes scolaires vue par le secteur associatif

Publié le 30/01/2014 • Par Stéphanie Marseille • dans : France

Mercredi 29 janvier, la mission d’information sur les rythmes scolaires du Sénat a auditionné des représentants du secteur associatif, invités à jauger de sa pertinence.

« Vous qui participez depuis longtemps à la vie de l’école, entre ce que vous avez connu dans et autour de l’école et la réforme des rythmes scolaires mise en place depuis septembre, qu’est-ce qui est mieux pour l’éducation de nos enfants ? », interpelle le sénateur Gilbert Roger, ex-maire de Bondy.

Faisant prévaloir que son territoire fut à l’origine de la circulaire Calmat-Chevènement (1984, expérimentation d’un aménagement du temps scolaire), le sénateur socialiste n’y va pas par quatre chemins, pourfendant quelque peu le climat de satisfecit octroyé par les représentants de l’Education populaire à la réforme des rythmes scolaires.
« L’Education nationale est pleinement investie, contrairement à des dispositifs comme les contrats éducatifs locaux ou les projets éducatifs locaux, où elle se tenait plutôt en repli », résume, incisif, Arnaud Tiercelin, représentant de la Ligue de l’enseignement.

Satisfecit Aux dires de Marie-Claude Cortial du collectif des associations pour l’école (CAPE), la réforme des rythmes scolaires représente une « révolution copernicienne », qui tâtonne un peu mais dont les bases ont été jetées par des années d’expérimentation sur l’aménagement des temps de l’enfant.

Marie-Claude Cortial estime que la réforme a permis l’émergence d’un dialogue, la coopération entre acteurs locaux, la capillarité entre les temps éducatifs et périéducatifs et la transformation des pratiques pédagogiques : « on est en train d’inventer une nouvelle forme de gouvernance territoriale autour d’une éducation partagée. » Avec, pour conséquence, de mettre cruellement en lumière le manque de formation commune.

Interrogée par la présidente de la mission sur qui pourrait assumer ces formations, les représentants du CAPE ont rappellé que les fédérations d’éducation populaire sont particulièrement bien armées pour organiser des formations susceptibles de doter tous les acteurs éducatifs d’une culture commune, puisque c’est leur but historique.

Quid de l’extra-scolaire ? – Les représentants du secteur associatif ont soulevé une lacune : le projet éducatif de territoire ne prend pas en compte le temps extra-scolaire (mercredi et vacances) dans l’organisation d’une complémentarité entre les temps de l’enfant. « Or, c’est important d’inscrire l’enfant dans un parcours cohérent, qui lui offre la possibilité de développer son autonomie, sa curiosité et sa mobilité en partant en vacances» avance Maire-Laure Davy, membre de la fédération Léo Lagrange et représentante de la Jeunesse en plein air.

Quid, donc, des colonies et des classes découverte, fortement soutenues par les communes ? Autre question : quel est le lien, entre la réforme des rythmes scolaires et la réforme portée par Valérie Fourneyron en matière de refondation des colonies de vacances ? Enfin, les dérogations aux taux d’encadrement octroyées sur les temps périscolaires vont-elles « contaminer » le mercredi et les vacances ?

Taux d’encadrement et professionnalisation – « Est-ce un drame s’il y a deux taux d’encadrement ? Peut-on envisager une baisse des taux d’encadrement ? », demande Catherine Troendlé, présidente de la mission d’information. Un vrai pavé dans la mare, cette question !
Marie-Laure Davy résume : « Ces changements sont acceptables parce que dérogatoires et que nous sommes conscients qu’ils permettent aux collectivités de se lancer. Mais la qualité de l’encadrement repose sur un taux d’accompagnement raisonnable et raisonné, qui permette à l’intervenant d’être attentif à chaque enfant dans un groupe restreint ».

A ce titre, le CAPE martèle que le BAFA (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur ) n’est pas la réponse adaptée pour les temps périscoclaire, rejoint par la JPA : « sur le temps périscolaire, la formation des animateurs ne doit pas s’arrêter au seul BAFA, qui n’est qu’un marche-pied dérogatoire. D’ailleurs, quid du risque de voir les dérogations aux taux d’encadrement induites par la réforme déborder sur les autres temps ? Faut-il une législation propre à chaque temps ? », s’interroge Mme Davy, qui rappelle en outre que les animateurs « ont des temps de travail morcelés, temps partiels subis » et « qu’il est nécessaire de leur proposer des temps de travail décents, car cela influe sur la qualité des activités proposées. »

Places des non-salariés – Bénévolat, volontariat, engagement : quelle est la place des non-salariés, des non-professionnels de l’animation, dans la réforme des rythmes scolaires et, plus largement, dans le secteur de l’animation ?

« Quand des retraités bénévoles s’impliquent dans l’opération « lire et faire lire », c’est toute la collectivité qui y gagne en cohésion sociale et cela, sans concurrence avec les professionnels de l’animation. La réforme (re)pose la question de la reconnaissance de l’engagement volontaire », développe Arnaud Tiercelin, responsable Education pour la Ligue de l’enseignement.

Pour ce dernier, la qualité éducative de l’animation ne relève pas que de l’emploi ou de la qualification des intervenants. Les temps d’animation peuvent s’appuyer sur des ressources aussi diverses que l’animateur périscolaire ou les parcours artistiques, culturels, sportifs, avec lesquels la convergence reste à bâtir.

La représentante de la fédération Léo Lagrange refuse, elle aussi, de fermer ces temps d’animation aux bénévoles, soulignant que son organisation offre des outils et des parcours pour les former. Mais si la Ligue de l’enseignement valorise, dans le bénévolat, la dimension de cohésion sociale, le CAPE rappelle que le champ du volontariat n’est pas encadré. Quid d’un possible « dévoiement » du volontariat dans l’animation, qui profiterait de la réforme pour déborder des TAP sur les autres temps d’animation ?

Au risque de jouer les Cassandre, les représentants du secteur associatif ont averti d’une pénurie d’animateurs qualifiés, qui devrait s’accentuer après les élections municipales. « Nous accompagnons ces communes autant que faire se peut, mais nous n’avons pas de solution miracle : un déficit et une pénurie d’animateurs qualifiés s’annoncent. Nous orientons les communes donc vers une mutualisation des moyens, mais la réforme est liée au niveau municipal » explique Mme Davy.

« Nous aurions aimé, dans la phase III de la décentralisation, que les intercommunalités puissent prendre la compétence éducative, car c’est une clé pour les projets de territoire », regrette Eric Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement. Ce dernier a par ailleurs soulevé l’incohérence qui a présidé aux financements de la réforme, appelant à en tirer les enseignements pour l’avenir.

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