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Economie sociale et solidaire

Les collectivités territoriales doivent « passer à une gouvernance contributive »

Publié le • Par • dans : A la une, France

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© F. Calcavechia

En ces temps de crises - financière, environnementale et sociale - un mouvement porteur d’espoir prend de l’ampleur : l’économie collaborative. Grâce aux outils du numérique qui facilitent les échanges, les initiatives innovantes basées sur le partage réorganisent le marché des biens et des services. Michel Briand, vice-président de Brest Métropole Océane, explique en quoi les collectivités territoriales ont tout leur rôle à jouer dans cette économie collaborative.

 


Née au début des années 2000, en Californie, avec le partage de maisons ou de voitures, ce modèle qui privilégie « l’être » sur « l’avoir » permet un meilleur « vivre ensemble ». Covoiturage, coworking, cofinancement, cohabitât… Même les collectivités territoriales sont gagnées par le phénomène du « co » ! En témoigne Michel Briand. Élu municipal à Brest, en charge d’internet et du multimédia, et vice président de Brest métropole Océane, en charge de l’Economie sociale et solidaire et de l’aménagement numérique du territoire, il appelle les collectivités locales à une « gouvernance contributive ».

Comment définiriez-vous l’économie collaborative ?

Dans ce modèle de consommation et de production, l’usage est privilégié sur la possession. Les outils du numérique permettent un partage de l’abondance des offres et des demandes de biens et de services. Grâce, notamment, aux réseaux sociaux, on met en œuvre un entreprenariat social favorisant les échanges peer-to-peer (entre pairs).

Est-ce un élément de contestation du système actuel ?

Un monde ne remplace pas complètement un autre. Les deux systèmes sont complémentaires. Je ne le vois donc pas comme une contestation du système consumériste. Le téléchargement, par exemple, est devenu une pratique courante des internautes, mais cela ne les empêche pas d’acheter de la musique. Idem pour l’hébergement : je peux très bien, lors de mes déplacements professionnels, séjourner à l’hôtel et, dans le cadre de mes vacances, louer l’appartement d’un particulier via Airbnb. Observez également les Mooc (Massive open online course). Ces cours en ligne ouverts à tous ouvrent les savoirs. Pour autant, les universités ne vont pas fermer !

Quel rôle joue internet dans l’essor de l’économie de partage ?

Parce qu’il suscite l’abondance et rend possible les relations horizontales, le numérique impacte l’ensemble de la société. La multiplication des réseaux d’échanges (Facebook, Twitter, etc.) permet de communiquer, de façon quasi instantanée, avec un cercle de plus en plus élargi de personnes. Il y a encore cinq ans, ce cercle était restreint à la famille, aux amis et aux collègues. Par ailleurs, non seulement l’information circule rapidement mais, en plus, elle est facilement accessible. Les gens ont pris aisément l’habitude de lire l’info et de la commenter, voire de la créer. Ils ne sont plus seulement des consommateurs, mais aussi des acteurs.
Enfin, soulignons l’importance des systèmes de garantie, autre conséquence de l’acclimatation de notre société au numérique. Autrefois, la confiance était basée sur les diplômes. Désormais, elle se construit au fur et à mesure de nos actes. Elle se mérite concrètement. Quand vous avez loué quatre ou cinq fois un appartement, par exemple, et que tout s’est bien passé, votre note augmente.

La crise économique a-t-elle favorisé son émergence ?

La crise économique fait que les gens regardent à deux fois avant d’acheter, parce qu’ils ont davantage de contraintes dans leur budget. La fringale de consommation est moins forte qu’avant. Dans le second rapport de l’Observatoire des consommations émergentes, publié en novembre, on lit ainsi que « la crise accélère la mutation des comportements de consommation. Don, troc, achat et vente d’occasion, location, autopartage, covoiturage, couchsurfing… Près de 60 % des Français sont déjà largement engagés dans ces manières de consommer autrement ».

Qu’en est-il des crises environnementale et sociale ?

La crise environnementale amène à vouloir donner du sens à sa façon de consommer. Les adhérents des Amap (Association de maintien de l’agriculture paysanne) recherchent des produits alimentaires respectueux de l’environnement. Autre exemple : dans le site leboncoin.fr, un objet, au lieu d’être jeté, reprend de la valeur, tout simplement parce qu’une tierce personne le réutilise. Idem avec le covoiturage : si je fais profiter quelqu’un d’un trajet de Brest à Rennes, ma voiture ne va pas polluer davantage. Ou encore avec les repair café : pour lutter contre l’obsolescence programmée des ordinateurs ou des portables, des bricoleurs proposent bénévolement leurs services.
Cette intensité de l’usage d’un bien va dans le sens d’une consommation frugale puisque je ne crée pas un nouvel objet et que je ne dépense pas plus. Nous sommes ainsi dans le respect des valeurs portées par le développement durable.

Quant à la crise sociale, elle entraîne, elle, un besoin de relations de proximité alors que les solidarités anciennes sont mises à mal.

Mais, notons que si c’est la contingence économique qui amène un changement des comportements, ceux qui portent les projets innovants de collaboration sont souvent des militants. Je pense par exemple aux créateurs de Disco soupe qui veulent, avant tout, sensibiliser à la lutte contre le gaspillage alimentaire lors de manifestations conviviales. Et non pas faire des économies de budget.

Que peut faire un territoire pour devenir un « incubateur d’innovation ascendante » ?

On assiste à l’émergence d’une gouvernance contributive où la collectivité prend conscience de la richesse des initiatives sur son territoire et encourage l’innovation. Tout un chacun a une compétence à offrir. La collectivité doit apprendre à passer d’une attitude de prescripteur à l’accompagnement des initiatives, la mise en réseau, l’attention au pouvoir d’agir augmenté par le numérique. Face à la multiplication des initiatives, elle doit faire en sorte que la mayonnaise prenne ! Comment ? En jouant le rôle d’animateur. À Brest, nous avons appris progressivement ces nouvelles façons de faire selon quatre étapes.

Pouvez-vous détailler ces différentes étapes ?

La première, c’est le « faire avec ». À la fin des années 1990, nous avons proposé la création de Points d’accès publics à internet (Papi) dans les lieux qui accueillent des publics. Actuellement, on en compte 108. Ce réseau assure une couverture complète de la ville.

Puis, vient « l’envie de faire ». Chaque année, un appel à projets épaule la concrétisation de dizaines d’innovations (49 en 2013). La contribution de la ville est modeste, limité à 2 300 euros par projet, mais elle suffit à stimuler cette envie. À noter, également, l’importance de la mise en réseau, par la mairie, des différents acteurs. Ce qui permet de diffuser dans la ville une culture commune de l’innovation sociale numérique et de la coopération.

Troisième étape : le « donner à voir ». Chaque projet est publié sur le magazine participatif. Les expériences sont ainsi partagées et les participants valorisés. De même, nous allons créer une carte collaborative qui recensera les innovations sociales dans tous les domaines.

Comment ce partage a-t-il été perçu ?

Cela n’est pas simple, tellement la culture de l’écriture ouverte à tous est éloignée des pratiques courantes chez les élus et dans les services, aussi bien au niveau de l’Etat que dans les collectivités territoriales.
Dans notre société marquée par la compétition et l’organisation hiérarchique, où l’école nous enseigne à « cacher notre copie » et travailler seul, il faut apprendre à coopérer, à mettre en commun nos savoirs. Passer d’une attitude de prescription des élus à celle d’animation de réseaux est un changement culturel long. La culture contributive est encore peu répandue dans un mode de gestion qui reste vertical et cloisonné.

Quelle est la quatrième et dernière étape de la gouvernance contributive ?

C’est « l’apprentissage du libre et des pratiques collaboratives ». Ce qui nous a amené à mettre en ligne le site wiki-brest.net. À l’image de Wikipedia, nous avons ouvert un espace d’écriture collaborative portant sur le patrimoine et le vivre ensemble au pays de Brest. Dans cette optique de travail en réseau et de coopération, des formations-action « Animacoop », sont proposées aux acteurs de l’innovation sociale du pays de Brest (100 heures réparties sur 15 semaines). On y apprend à copier ! C’est-à-dire, non pas à plagier, mais à réutiliser intelligemment afin de donner, au maximum de gens, la possibilité de faire, à leur tour.
C’est ainsi que les documentalistes ont créé, à Brest, leur propre réseau contributif qui regroupe 120 adhérentes. En échangeant leurs expériences à travers les ateliers, les documentalistes se forment entre elles. Ce qui crée de la richesse locale et renforce l’innovation sociale dans les bibliothèques.

Qu’est ce que l’économie collaborative peut apporter à une collectivité territoriale ?

Ce modèle redonne de la valeur non seulement aux choses – je pense aux ressourceries qui offrent une seconde vie aux déchets – mais aussi aux habitants.
Ainsi, dans les Accorderies, l’estime de soi est valorisée puisqu’on y échange nos savoirs et nos compétences : une heure de cours d’anglais contre une heure de plomberie, par exemple. Sans compter les liens sociaux, notamment intergénérationnels, créés, comme dans les jardins partagés ou les espaces de coworking.

N’y a-t-il pas un risque que ces initiatives se substituent à l’Etat ou à des collectivités territoriales défaillants ?

Attention : nous ne sommes pas dans le modèle anglais où l’on sabre les services publics ! Non ! Ces initiatives viennent en complément des services publics existants. Sans oublier leur rôle d’interpellation des pouvoirs publics et de la société civile, non pas vers un « plus » mais vers un « mieux ».

Ce modèle a-t-il un avenir ou n’est-ce qu’un phénomène de mode ?

Voyez à quel point le numérique a transformé l’ensemble de la société. Vous imaginez la France de demain avec une seule chaine d’information ?! Impensable de revenir en arrière. Nous ne sommes pas dans une nouvelle société, mais dans une société qui évolue. Et, dans un monde en crise et aux ressources limitées, la seule évolution possible, c’est le partage. 

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