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Economie touristique

Tourisme : Le patrimoine immatériel est encore négligé par les pouvoirs publics

Publié le 31/10/2013 • Mis à jour le 07/02/2014 • Par Cédric Néau • dans : Dossiers d'actualité, France

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© D.R

Le tourisme présenté comme un opportunité de développement peut être aussi un prédateur économique et vécu comme une activité parasite pour les habitants d'un territoire. Peu à peu, les acteurs institutionnels et privés changent de paradigme pour développer des projets plus participatifs, durables et tournés vers l'expérience. Au centre de ces nouvelles préoccupations : la patrimoine immatériel, qu'il reste encore à valoriser.

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Classements et labels touristiques : comment ne pas les subir

 

En France, onze éléments ont déjà été inscrits au patrimoine immatériel de l’Unesco dont le repas gastronomique, le chant corse, la dentelle d’Alençon, le Fest-Noz, le compagnonnage ou l’équitation de tradition française. L’Hexagone a également déposé à l’Unesco deux autres dossiers, celui des ostensions limousines (exposition de reliques de saints locaux escortées tous les sept ans par des dizaines de milliers de personnes) et celui du gwoka (ou gwo ka, percussions guadeloupéennes). « Malheureusement ce patrimoine immatériel est très peu mis en valeur », regrette sur son blog Evelyne Lehalle, directrice de NTC (Nouveau tourisme culturel). « C’est pourtant notre art de vivre qui attire 80 % des visiteurs », poursuit-elle.

L’avènement de la prosumption - Les tendances de consommation actuelles pourraient encore accroître cette proportion. « Aujourd’hui, grâce au web 2.0, les touristes pratiquent de plus en plus la prosumption, c’est-à-dire qu’ils créent eux-mêmes les produits touristiques qu’ils consomment par l’agrégation de conseils, de packaging personnels, de bons plans glanés sur la toile, etc. » analyse Sébastien Jacquot, maître de conférence à l’IREST à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne.

Ces visiteurs-acteurs cherchent ainsi de plus en plus d’expériences à partager avec les habitants. A New York, certains n’ont pas hésité dans les années 90 à aller à leur rencontre pour jouer les guides personnels le temps d’un séjour. Ils sont devenus ainsi des greeters, un concept repris aujourd’hui en France dans une trentaine de villes.

La carte des villes de greeters. Cliquez sur l'image pour l'agrandir. (sources : France greeters federation).

La carte des villes de greeters. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.
(sources : France greeters federation).

Des habitants-ambassadeurs - Réunis en associations, les greeters sont soutenus par les offices de tourisme locaux qui voient en ces habitants les meilleurs ambassadeurs d’un territoire et d’un art de vivre.
« C’est un bon moyen d’éviter de transformer les habitants en simple relais d’un discours territorial produit par les institutions », se réjouit Sébastien Jacquot. A l’heure où les recettes touristiques manquent à la France, la promotion du tourisme d’expérience, via le patrimoine immatériel et l’implication des habitants dans le marketing territorial, constituent une vraie opportunité de croissance.

Une association à peine émergente - Les pouvoirs publics semblent en avoir pris conscience et veulent donner au patrimoine immatériel une visibilité encore absente aujourd’hui par rapport aux sites classés. Onze lauréats ont ainsi décidé de se regrouper en association, dont le but est de « faire connaître la convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, de valoriser ce patrimoine et d’organiser un réseau d’acteurs », a expliqué sa directrice, Séverine Cachat, embauchée par le ministère de la Culture et directrice depuis 2011 du Centre français du patrimoine immatériel, ex-maison des cultures du monde, basée à Vitré (Ille-et-Vilaine).

Une belle façon de rebondir pour cette structure qui a vu son budget amputé d’un tiers cette année, pour cause de restrictions budgétaires, et qui se bat aujourd’hui pour trouver de nouvelles sources de financement, notamment auprès des collectivités locales.

L’Unesco se saisit du dossier - L’Unesco a également pris conscience de l’importance de son offre touristique immatérielle. l’organisation internationale craint en effet la surchauffe touristique des sites déjà classés. Aujourd’hui 981 sites figurent au patrimoine mondial, mais un quart d’entre eux a déjà fait l’objet d’un rapport sur l’état de conservation, le signal d’alerte en langage Unesco.

Pris entre le phénomène de sur-fréquentation des sites inscrits et la promotion du classement, l’Unesco préfère donc miser sur l’amélioration de la qualité de l’offre touristique des sites, via notamment le patrimoine immatériel, plutôt qu’à l’allongement sans fin de la liste des inscriptions. Et cette stratégie passe forcément par la participation et l’implication des habitants.

Villes participatives - « Nous devons contrebalancer l’effet des villes-musées pour créer des villes participatives, il faut réévaluer la notion de rencontre avec les habitants par la promotion du patrimoine immatériel », résume Maria Gravari-Barbas, chercheuse à l’IREST, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, lors du 4e séminaire de la chaire Unesco « Culture, tourisme, développement » (1).

La solution passe d’autant plus par la valorisation de la relation humaine que les habitants vivent plus souvent le tourisme comme une activité parasite que comme une opportunité de développement : « Il faut faire en sorte que le tourisme ne soit pas vécu comme une charge par les habitants des sites visités mais un bénéfice. Si ce n’est pas le cas, alors ce tourisme n’est plus acceptable », reconnait Kishore Rao, directeur du Centre du patrimoine mondial.

Une prise de conscience qui a un impact sur les modèles économiques des sites - Les sites eux-mêmes veulent désormais intégrer le tourisme dans un projet de développement économique et social local. Mais les obstacles sont nombreux.

En France, les sites menacés de surfréquentation et soucieux de préserver la qualité de vie des habitants se sont regroupés en 2000 dans le réseau des Grands sites de France. Ce regroupement associatif comprend une quarantaine de sites, comme les baies du Mont-Saint-Michel et de la Somme ou le Pont du Gard ; la plupart sont détenteurs d’un label, délivré par le ministère de l’Ecologie et du Développement durable.

Ce label, intégré au code de l’Environnement depuis la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2012, récompense en fait une démarche de préservation du site en intégrant le plus possible les acteurs locaux. Le consensus est parfois difficile à trouver, comme l’a montré la forte opposition des opérateurs touristiques, mais aussi des élus, à l’aménagement du dispositif de délestage du site du Mont-Saint-Michel, mis en service le 28 avril 2012.

Les professionnels redoutaient une baisse de l’activité, qui a bien eu lieu. Selon les Monuments de France, la fréquentation touristique avait ainsi chuté de 16,5 % en journée en juin 2012 et de 9 % en juillet. Un an plus tard, c’est la municipalité qui est montée au créneau pour demander « à l’Etat et aux collectivités de mettre les moyens financiers supplémentaires nécessaires à un accès populaire et efficace» au mont.

Après concertation et aménagement du dispositif des navettes, la fréquentation touristique du Mont-Saint-Michel a finalement progressé de 2 % en juin 2013, 0,32 % en juillet, de 5,67 % en août, mais a reculé de 6,5 % en septembre, selon la SEM du site.

Fréquentation en hausse mais chiffre d’affaires en baisse - Certains constatent également que la hausse de fréquentation touristique promise et avérée par un classement ne va pas forcément de pair avec le développement économique. La ville de Lavaux en Suisse, célèbre pour ses paysages viticoles en terrasse autour du lac Leman en a fait l’expérience : « Rapidement après l’inscription de Lavaux au patrimoine, la fréquentation touristique a progressé de 30 %. Mais durant le même temps, les vignerons qui avaient adhéré au projet en espérant une croissance de leur vente, ont constaté au contraire une chute des ventes de 10 à 15 % », analyse Emmanuel Estoppey, responsable Unesco du site. « Sans parler de la gêne occasionnée par la foule dans les rangs qui empêchait les viticulteurs de travailler ».

Une association incluant les habitants aux commandes - Le village a donc retravaillé son organisation : la commune qui gérait directement les questions afférentes à l’Unesco, a confié la mission à une association réunissant élus, personnel administratif, mais aussi habitants et professionnels.
Cette association a ensuite revu son offre touristique « afin de créer un lien entre les touristes et les habitants ». Des applications mobiles retracent la vie et les métiers des autochtones, des expositions et de lieux de rencontre ont été créés directement chez les vignerons, liberté a été donnée aux habitants de créer leur propre offre touristique, selon une charte qu’ils doivent adopter, etc.

Quitte à désormais mettre en scène la vie du village comme une sorte de pièce de théâtre des traditions, « institutionnalisée par l’Unesco », constatait Chiara Bortolotto, membre de l’IIAC (2), dans une interview à la Gazette des communes.

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    Notes

    Note 01 - qui avait lieu le 22 octobre à Paris, dans les locaux de l’institution internationale sur le thème, « touristes et habitants dans les sites du patrimoine mondial » - Retourner au texte

    Note 02 - Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain CNRS/EHESS, laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture, Lahic - Retourner au texte

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  1. 1. evalehalle 23/06/2014, 13h48

    Bravo pour cet article! E,n peu de lignes vous faites une analyse vraiment complète des enjeux et difficultés rencontrées. Merci aussi d'avoir cité mon petit blog, qui fédère tous les amoureux des bonnes pratiques. Même peu nombreux (50 000/mois) , ils sont très assidus et à la recherche de très bonnes analyses.Malheureusement, le ministère de la culture n'a toujours pas un seul agent - 27 000 fonctionnaires...- pour conseiller en Tourisme Culturel, mais les collectivités locales sont très actives en France et nous échangeons beaucoup avec "les meilleures", ainsi qu'en direct vers le tourisme culturel étranger, (Espagne, R.U, Allemagne) qui produit de nombreuses études et a ouvert la voie de Numérique+ Tourisme+ Culture. Le Tourisme, quant à lui, ne fait pas grand cas dans son plan de relance de la Culture (zéro mesure). Alors que le Journal des Arts paru cette semaine pointe une baisse de la fréquentation, y compris des grands sites et musées "blockbusters". Merci donc de votre intérêt, je diffuse le lien à tous mes réseaux! Bien cordialement, Evelyne L.

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