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BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES

L’usage de l’ordinateur dans les bibliothèques peut encore progresser

Publié le 09/09/2013 • Par Hélène Girard • dans : France

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La Bibliothèque publique d’information (BPI, Centre Pompidou, Paris) présentera le 10 septembre 2013 une étude sur les ordinateurs en accès libre dans les bibliothèques de 17 pays européens. Avec des résultats parfois surprenants pour la France. En avant-première pour la Gazette, deux intervenants de la BPI, Annie Dourlent et Christophe Evans, en commentent les principaux résultats.

 

Chiffres-clés

  • 7530 bibliothèques publiques en France (15 605 en incluant les points d'accès aux livres)
  • 1,2 bibliothèque pour 10 000 habitants (1,3 pour la moyenne européenne)
  • 150 000 personnes emplois en bibliothèque, dont 47% professionnels et 53% bénévoles.
  • 26 euros par habitant dépensés pour les bibliothèques 

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L’«enquête paneuropéenne destinée à évaluer les perceptions des utilisateurs à l’égard des avantages liés aux technologies de l’information et de la communication dans les bibliothèques publiques » a été commandée et financée par la Fondation Bill et Melinda Gates.
La Bibliothèque publique d’information (BPI, Centre Pompidou, Paris) en a été le relais en France. L’étude a été conduite en 2012 dans 17 pays européens (1). Outre sa dimension européenne, elle présente l’originalité de se placer du point de vue de l’usager.

Les résultats permettent aux bibliothèques françaises de se situer par rapport à leurs homologues européennes, de pointer leurs atouts et leurs faiblesses, et de nourrir la réflexion sur l’évolution de leur activité.

La BPI espère ouvrir le débat lors de la journée d’études du 10 septembre 2013 organisée en partenariat avec le CNFPT et intitulée « le rôle stratégique des bibliothèques dans l’appropriation du numérique par les citoyens en France et en Europe ».

En France, au moins un ordinateur connecté à Internet est mis à disposition du public dans « environ les trois quarts », des bibliothèques. A l’échelle de l’Europe, « au moins 80% » des établissements offrent ce service. A deux exceptions notables près :

  • l’Allemagne, où le taux n’est que de 30%,
  • et la Bulgarie (40%).

La France bien placée pour la fréquentation - 13,6 millions d’adultes ont fréquenté une bibliothèque en 2012, soit 26% des plus de quinze ans. La France affiche donc une fréquentation légèrement supérieure à la moyenne européenne, qui se situe à 23%.
Tous les pays européens font le même constat : plus les citoyens avancent en âge, moins ils fréquentent les bibliothèques. Sur la tranche d’âge 15-24 ans, la France (46%) fait, là encore, sensiblement mieux que la moyenne européenne (38%).

C’est la bonne nouvelle de cette enquête, se félicite Christophe Evans. Nous n’attendions pas un résultat aussi bon, car habituellement, on trace une frontière entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud, quant au développement des bibliothèques. 

Une utilisation des ordinateurs étonnamment faible - Mais, seulement 5% des personnes fréquentant les bibliothèques ont utilisé un ordinateur en libre accès. Là, la France affiche une faiblesse, car la moyenne européenne se situe à 14%.

Ce résultat est vraiment très décevant, car les bibliothèques françaises se sont mises en ordre de bataille pour s’équiper, regrette Christophe Evans. Il y a manifestement un décalage entre, d’une part, le discours sur l’équipement informatique des bibliothèques et les investissements réalisés, et, d’autre part, le faible nombre d’usagers des ordinateurs.

La première raison qui vient à l’esprit est le taux d’équipement des foyers, en constante progression. Ce que confirment les réponses des usagers, lorsque les enquêteurs leur ont demandé les raisons de cette non-utilisation des ordinateurs : 80% ont indiqué avoir chez eux un ordinateur connecté à Internet. Cependant, cette corrélation n’est pas la seule explication. 

Les autres résultats européens montrent que plus le taux d’équipement des foyers est élevé, plus l’utilisation des ordinateurs en libre accès est important. C’est, par exemple, le cas en Finlande et au Danemark, explique Christophe Evans. D’une façon générale, en France, la bibliothèque est un lieu moins familier que dans les pays du Nord, et on imagine moins spontanément s’y rendre pour des activités sur ordinateur.

De plus, souligne Annie Dourlent,

il faut se demander si les bibliothèques ont suffisamment pensé aux services associés à ces ordinateurs. Il semble que jusqu’à présent, elles se soient surtout focalisées sur les machines. 

D’ailleurs, l’étude montre que 5% des personnes n’ayant pas utilisé d’ordinateur en bibliothèque ont répondu qu’elles ne savaient pas suffisamment utiliser cet outil. Pour Annie Dourlent, 

il y a donc une marge de progression dans l’utilisation des ordinateurs en bibliothèques.

La gratuité unanimement plébiscitée - A 99%, les utilisateurs d’ordinateurs en libre accès dans les bibliothèques françaises avancent la gratuité comme une chose « importante ». Taux qui s’établit à 92% à l’échelle européenne.

En France, la gratuité constitue la principale motivation à 41% (contre 33% pour l’Europe). 27% des personnes interrogées disent que c’est pour elles la seule possibilité d’accéder à internet (19% à l’échelle européenne).
A noter, aussi, le fait de « travailler ou être avec des amis ou d’autres personnes », qui concerne 18% des utilisateurs d’ordinateurs dans les bibliothèques françaises (12% au sein de l’UE). Elément qui renvoie au rôle social des équipements de lecture publique.

Une image écornée. « Il a été demandé à tous les usagers de bibliothèques leur opinion sur les bibliothèques publiques, par l’intermédiaire d’affirmations auxquelles ils devaient répondre par « d’accord » ou « pas d’accord », détaillent les auteurs du rapport.
Et là, force est de constater que le bilan, pour la France, n’est pas gratifiant. Ainsi, seules 25% des personnes interrogées estiment que les bibliothèques disposent d’un personnel « hautement qualifié » (contre 43% à l’échelle européenne).

C’est le taux le plus bas, se désole Christophe Evans. Il y a là une sorte de déconsidération relative des compétences du personnel, et pas seulement sur le numérique, puisque la question était générale. 

Moins de la moitié des personnes interrogées (44%) trouvent les bibliothèques « conviviales et accueillantes » (contre 58% des Européens).

La charge est lourde car elles font d’énormes efforts sur l’accueil, les politiques des publics, l’élargissement de la gamme des services. Mais manifestement, la représentation des bibliothèques n’a pas beaucoup changé, commentent Annie Dourlent et Christophe Evans. Elles n’ont sans doute pas encore réussi à réunir toutes les conditions permettant de changer leur image. Les horaires d’ouverture, très insuffisants, font sûrement partie des problèmes. Si nous voulons jouer un rôle dans la Cité, être un facteur de cohésion sociale, il y là beaucoup de questions à se poser, que nous livrons à nos collègues. 

Une fenêtre sur les apprentissages, la formation et la recherche d’emploi - 26% des usagers ont eu, en France, une activité « éducative » en bibliothèque en 2012 (25% à l’échelle européenne) : conférence, participation à un débat, aide aux devoirs ou à des travaux d’études, séance d’initiation à l’informatique etc. 
Ils sont 46% à avoir bénéficié de l’aide d’un bibliothécaire ou d’une démonstration pour utiliser un ordinateur (49% à l’échelle européenne).

23% des utilisateurs d’ordinateurs en bibliothèque ont eu une démarche liée à l’emploi (recherche d’annonces, d’informations sur l’emploi, élaboration de lettres et de CV, amélioration des compétences pour le poste actuellement occupé etc.). Un taux sensiblement inférieur à la moyenne européenne : 30%.

Selon le rapport, les bibliothèques confirment donc leur rôle en tant que tremplins pour l’amélioration des compétences, mais également dans le domaine de l’emploi.

 Même si elles restent encore minoritaires, de plus en plus de bibliothèques vont sur le terrain de l’apprentissage informel, se félicite Annie Dourlent. Sur les questions de formation et d’emploi, les bibliothèques doivent se positionner. Et là, les bibliothèques françaises ont une carte à jouer, compte tenu de leur maillage très fin sur le territoire. Mais dans une collectivité, il s’agit d’un choix politique des élus pour le positionnement de leur équipement. La représentation culturelle de la bibliothèque reste très dominante. Il n’est évidemment pas question que les bibliothèques deviennent des auxiliaires de l’Ecole, mais les citoyens vont avoir besoin de formation tout au long de la vie. Les bibliothèques sont donc à la croisée des thématiques de formation et de culture.
De même, elles devraient commencer à se positionner sur l’accès à l’e-administration, comme on le voit dans d’autres pays européens, où l’on trouve des bornes pour effectuer des démarches administratives et où l’on attend des bibliothécaires qu’ils puissent aider les usagers. Evidemment, cela pose la question des représentations du métier et de la formation des professionnels. 

Une enquête inédite

L’enquête de terrain a été réalisée en 2012 par TNS dans 17 pays européens (NOTE) auprès de la population âgée de 15 ans et plus. Outre sa dimension européenne, elle présente l’originalité de se placer du point de vue de l’usager et comprend deux axes : quantitatif et qualitatif (entretiens avec le public).
Le rapport que présentera la BPI le 10 septembre 2013 se compose de deux volets : l’un, européen, présente l’ensemble des résultats dans les 17 pays étudiés : Enquête paneuropéenne destinée à évaluer les perceptions des utilisateurs à l’égard des avantages liés aux technologies de l’information et de la communication dans les bibliothèques publiques ; l’autre présente la synthèse des données pour la France, mis en perspective avec les moyennes européennes : Perception des avantages offerts par les TIC dans les bibliothèques publiques en France : le point de vue des usagers.

Ce travail s’inscrit dans le contexte européen de la « croissance intelligente, durable et inclusive » (« stratégie Europe 2020 », définie en 2010). L’étude vise à « mieux comprendre, au niveau de l’UE, l’influence des bibliothèques publiques sur la vie des usagers », affirme le rapport, et à « évaluer de quelle manière les bibliothèques publiques contribuent aux politiques sociales et économiques définies par la stratégie Europe 2020″. 

Faire figurer les bibliothèques dans le programme européen - «Il s’agit aussi de fournir aux bibliothèques des données chiffrées afin qu’elles disposent d’arguments pour faire valoir leurs activités dans l’agenda européen. Les bibliothèques n’apparaissent dans aucun programme européen. Pourtant, elles participent aux stratégies visant à développer l’éducation et la formation, à lutter contre le chômage, à favoriser une économie plus forte.
La Fondation Gates cherche à montrer que les bibliothèques contribuent à l’accès à l’information, sont un vecteur de l’éducation et que des citoyens informés et éduqués permettent la croissance économique de leur pays. En ce sens, il est sans doute plus judicieux de montrer cela que de chercher à tous prix des programmes dédiés aux bibliothèques », plaident Annie Dourlent, déléguée à la coopération nationale et internationale à la Bibliothèque publique d’information (BPI, Centre Pompidou, Paris) et Christophe Evans, chef du Service Etudes et Recherche (Département des publics).

Une opportunité qui prend un relief particulier alors que sont en cours les négociations sur la politique de cohésion 2014-2020, ses programmes opérationnels régionaux, et la répartition des fonds structurels.

Quid du livre numérique ?- A première vue, on pourra s’étonner que l’enquête, dédiée aux technologies de l’information et de la communication en bibliothèque, n’aborde pas la question du livre numérique.
« Pour l’heure, il se passe trop peu de choses autour du livre numérique, notamment en France, autant en termes de développement des collections que des usages. Cela tient aux difficultés relationnelles avec les éditeurs et aux problèmes juridiques », observe Christophe Evans.

Dans chaque pays étudié, les enquêteurs ont sollicité les tutelles des bibliothèques pour enrichir leur travail statistique de données nationales globales. Ainsi, en France, l’Observatoire de la lecture publique (2) a apporté des éléments issus de sa dernière collecte de données. « Nous manquons d’études au niveau européen, note Annie Dourlent. Il faut aller pêcher dans les statistiques nationales de chaque pays, dont les indicateurs sont disparates, avec des définitions variables de ce qu’est une bibliothèque, et des couvertures territoriales différentes. Nous devons donc être prudents dans la comparaison des données nationales. En revanche, ce problème ne concerne pas l’enquête elle-même, qui repose sur des réponses à des questions. »

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    Notes

    Note 01 - Allemagne, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Italie, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni - Retourner au texte

    Note 02 - service du livre et de la lecture, ministère de la culture et de la communication - Retourner au texte

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