Urbanisme

Ecoquartiers : une autre approche de l’espace public ?

| Mis à jour le 22/12/2017
Par et • Club : Club Techni.Cités
Sources : Technicités 

Dans le cadre de la démarche nationale EcoQuartier, le Certu a mené une réflexion sur les espaces publics à travers une question centrale : la dynamique « EcoQuartier » renouvelle-t-elle notre façon de concevoir l’espace public, ou nous ramène-t-elle finalement à des principes d’aménagement déjà éprouvés ?

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Ecoquartiers : vers un aménagement plus durable ?

Parler d’espace public, c’est investir un sujet large – de la rue à la placette, de la venelle au parc – et c’est aussi toucher au cœur du projet urbain : son armature, sa fonctionnalité, sa capacité à accueillir et favoriser les usages, sa participation au cadre de vie.
Cette approche a choisi de partir de l’exemple pour comprendre les enjeux qui se jouent à l’échelle du projet urbain. Du quartier de rénovation urbaine à l’éco-hameau, une dizaine de projets d’aménagement durable accordant un rôle central aux espaces publics ont été analysés, à partir de visites et de rencontres d’acteurs. Les CAUE (Conseils en architecture, urbanisme et environnement) ont été des partenaires précieux dans cette démarche.

Trame viaire et qualité urbaine comme préalables

Les enseignements de l’analyse ont d’abord rappelé que la qualité urbaine d’un projet, écoquartier ou non, s’appuie en grande partie sur le soin apporté à la conception de ses espaces publics.
Insérer le quartier dans une trame existante et dessiner un maillage fonctionnel assurant la continuité des déplacements ressortent comme des préalables essentiels à la définition d’un plan-masse. La trame viaire définit la structure de la ville et l’organisation pérenne du quartier. Il suffit de revenir sur la composition des grands ensembles ou celle des lotissements en raquette pour comprendre combien l’armature des espaces publics influe sur le fonctionnement quotidien du quartier et la perméabilité des espaces, sur leur perception par les usagers. Mais elle détermine également la capacité d’un quartier à se transformer dans le temps, se densifier, se prolonger.
Par ailleurs, l’espace public n’aura de sens que s’il prend en compte les spécificités du site. S’adapter à la topographie, lier des connivences avec un patrimoine naturel ou bâti, ouvrir des percées sur les repères de la ville ou les grandes structures du paysage sont autant de moyens pour le projet de prendre appui sur son environnement et de s’en enrichir. La conception d’un espace public doit avant tout s’inspirer du « déjà là » pour nouer un dialogue avec son contexte.

La durabilité comme nouvelle exigence

Le concept de ville durable a mis sur le devant de la scène quelques thématiques centrales comme la nature en ville ou l’alternative au tout voiture. Allant au-delà de la présence du végétal, le souci de continuités écologiques dans les écoquartiers est aujourd’hui une préoccupation majeure, valorisant le croisement de compétences dans les équipes projet (paysagistes, écologues, etc.). De plus, l’engouement en faveur des transports collectifs, de la marche ou du vélo, invite les porteurs de projets d’écoquartiers à repenser la place accordée à la voiture dans l’espace public : le stationnement est limité, regroupé, voire mis à distance, et la voirie est réorganisée pour donner plus de place aux modes doux et collectifs. Enfin, on observe dans les projets étudiés une réelle intelligence à offrir des complémentarités d’ambiances au sein de l’écoquartier, alternant de grands espaces ouverts et des lieux plus confidentiels, comme de petits vergers au sein des quartiers résidentiels, ou une placette nichée entre deux ruelles, venant agrémenter les parcours et le cadre de vie quotidien des usagers.

Des pistes d’expérimentation

Certains projets d’écoquartiers proposent une conception renouvelée de l’espace public en essayant de répondre sur un même lieu à des problématiques à la fois de nature, de sociabilité, de mobilité, de fonctionnalité, ou encore de paysage. En cela ils jouent véritablement leur rôle de laboratoire, ouvrant la voie à l’innovation.
L’exercice est audacieux, puisqu’il s’agit de concilier des enjeux pouvant paraître incompatibles, comme celui de la biodiversité et de la praticabilité des espaces. Certains porteurs de projets expérimentent des espaces naturels foisonnants qui, pour autant, restent ouverts aux pratiques habitantes : promenades longeant les zones humides, grandes prairies dédiées à la fois aux jeux et à la reconquête de la nature, etc. Cela répond en outre à un objectif pédagogique et de sensibilisation à la biodiversité.
Maîtres d’œuvre et maîtres d’ouvrage font aussi preuve d’inventivité pour associer les habitants à la conception, la réalisation ou la gestion des espaces publics. Les jardins partagés ressortent comme un modèle réussi d’appropriation habitante, et fleurissent aujourd’hui dans les écoquartiers. Mais bien d’autres pistes existent et restent encore à inventer pour impliquer les habitants et mobiliser leur expertise de « maître d’usage » dans un processus partagé de la fabrique urbaine.

Une ingénierie en construction

Aujourd’hui, les écoquartiers restent des lieux privilégiés pour envisager de nouvelles conceptions d’espaces publics et faire le pari d’autres modes de vie : on expérimente des approches partagées de l’espace, on mutualise plusieurs fonctions au sein d’un même lieu, on tente de favoriser d’autres modes de déplacement, etc. Il s’agit tout autant d’aller plus loin en termes d’exigences, que d’arriver, par le projet, à croiser des problématiques trop souvent segmentées. C’est toute une ingénierie qui est donc en train de se construire, dont les effets – en matière de fonctionnement écologique, de sécurité pour les usagers, de gestion à long terme, etc. – nécessitent une prise de recul.
Un enseignement essentiel serait, de notre point de vue, une leçon d’ouverture et d’humilité. Les espaces publics perçus comme les plus réussis sont ceux qui « invitent » à des appropriations diverses et non ceux qui déterminent des usages précis. Et bien souvent, la sobriété de l’aménagement et du traitement de l’espace, loin du recours à des matériaux précieux qui entraînent des investissements coûteux, est un choix pertinent dans la réalisation d’un quartier durable.

La Bottière-Chénaie à Nantes : une nouvelle centralité sur un site maraîcher

Le projet prend appui sur d’anciennes tenues maraîchères, et bénéficie d’une bonne desserte en transports en commun. Il réussit à offrir un parc linéaire généreux tirant parti de la réouverture d’une rivière, à valoriser la mémoire du lieu, à maintenir puits et jardins alimentaires, tout en proposant un habitat dense et diversifié. Au final, le quartier accueillera près de 1 600 logements, des bureaux, commerces et grands équipements. Des venelles résidentielles aux grandes prairies, ce projet offre un ensemble d’espaces publics maillés et complémentaires.

Maîtrise d’ouvrage : ville de Nantes.
Aménageur : Nantes Aménagement.
Maîtrise d’œuvre urbaine : Pranlas-Descours Architecte.
Maîtrise d’œuvre espaces publics : Atelier Bruel-Delmar.

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