Energie

Linky, c’est parti… or, des zones d’ombre demeurent

| Mis à jour le 22/07/2013
Par • Club : Club Techni.Cités

L’histoire tourmentée du compteur communicant Linky a connu un nouvel épisode mardi 9 juillet 2013, à Paris, avec l’annonce, par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, de son déploiement. Un moment heureux pour les promoteurs du projet, à commencer par la filiale d’EDF, ERDF… en tout cas dans l’immédiat, car il est prématuré d’assurer qu’il est conclusif, au regard des retournements de situation précédents.

Lancé le 28 septembre 2011 sous la présidence Sarkozy, le déploiement généralisé du compteur électrique Linky, dit intelligent car communicant, avait été suspendu lors du changement de majorité, en mai 2012.
Quelques mois plus tard, le 9 octobre, l’ancienne ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Delphine Batho, avait proclamé « la reprise du projet ». Et mis en place un comité de suivi… réplique du précédent. Objectif affiché : régler la question du financement et répondre réellement aux attentes du consommateur.

Deuxième acte de naissance – Neuf mois plus tard, jour pour jour, le 9 juillet 2013, à Paris, un nouvel acte de naissance a donc été publié, avec l’annonce par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault de l’implantation de Linky sur l’ensemble du territoire. Et pourtant, les zones d’ombre soulevées, depuis l’origine, en particulier par le monde des collectivités et des associations de consommateurs subsistent.

Un mode de financement obscur – L’investissement, d’un montant de cinq milliards d’euros, sera financé par EDF « sur ses fonds propres », a assuré le Premier ministre. Mais, outre un montant sujet à caution – le P-DG d’EDF Henri Proglio lui-même évoque une fourchette de cinq à sept milliards et la FNCCR brandit le chiffre de huit à dix milliards -, les modalités de ce financement demeurent obscures.

Turpe ou pas Turpe ? – D’abord, entre le discours prononcé par le Premier ministre et les explications qui ont suivi, il y a une différence de taille : l’entreprise EDF financera sur ses fonds propres la première phase, consistant en la pose de trois millions de compteurs, pour un montant de 500 millions d’euros.
Le reste – c’est-à-dire l’essentiel – doit être assuré via le Turpe (Tarif d’utilisation des réseaux publics de transport et de distribution d’électricité), ainsi que le prévoit un décret du 31 août 2010, comme le rappelle le syndicat francilien d’énergies Sipperec.
Pourtant, s’étonne ce dernier, Linky est absent des discussions sur le futur tarif d’acheminement, dit Turpe 4. Voilà qui est pour le moins intrigant.

« Si Proglio était un philanthrope, ça se saurait » – Président du Syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire (SIEIL), l’un des deux territoires d’expérimentation de Linky, et vice-président de la FNCCR, Jean-Luc Dupont s’interroge lui aussi sur les coulisses du montage du financement. Et il envisage de possibles « contreparties » négociées par EDF avec le gouvernement.
Car, « si Proglio était un philanthrope, ça se saurait ! ». « La propriété des nouveaux compteurs pourrait avoir été mise dans la balance, suggère-t-il. Je vois bien le patron d’EDF dans un accord du genre : ‘‘ok je finance, mais ils sont à moi’’. Il faut se rappeler les attaques qu’il a menées à ce sujet… »

Donnant-donnant – Par exemple, en novembre 2011, lors d’un échange avec des lecteurs du quotidien Le Parisien, Henri Proglio avait été on ne peut plus clair : « Je veux bien investir des milliards à la condition d’avoir devant moi la durée nécessaire pour amortir ces investissements et récupérer ma mise. Pour cela, il me semble normal de considérer que le nouveau compteur Linky m’appartient. » 

L’Etat préférerait-il le privé au public ? – Le Sipperec observe de même, et avec la même inquiétude, que les modalités du financement posent la question de la propriété. « Comment seront qualifiés des compteurs financés hors Turpe : comme des biens publics (biens de retour de la concession) ou des biens privés (propriété d’EDF) ? »
Et le syndicat tance le gouvernement, au cas où : « L’Etat assumerait-il de confier à un acteur privé plutôt qu’aux collectivités locales, autorités concédantes, cet élément essentiel de la transition énergétique que sera le compteur intelligent ? »

Aucune réponse gouvernementale – Sur l’autre question majeure des bénéfices pour l’usager, Jean-Luc Dupont, qui a participé aux deux comités de suivi Linky, est agacé : « Les associations, le Médiateur national de l’énergie, l’Ademe et la FNCCR ont fait des propositions conjointes pour que l’abonné puisse, en suivant sa consommation, y compris grâce à un afficheur déporté lorsque c’est nécessaire, la maîtriser. Tout cela est consigné par écrit et devait être arbitré par les pouvoirs publics, mais nous n’avons eu aucune réponse ».

Un outil inadapté – « Avoir une facture fondée sur un index réel est une avancée car cela évitera nombre de litiges, mais cela ne permet pas de baisser sa consommation ; ne plus devoir être présent pour la relève est un confort, mais ça ne permet pas plus de réduire sa consommation, poursuit-il. En l’état actuel, Linky n’est donc toujours pas l’outil adapté pour donner la possibilité, en particulier au public en situation de précarité énergétique, notamment en zone rurale, de mieux piloter ses consommations. Par exemple, en vous informant en temps réel que vous êtes dans une plage horaire de pointe où l’énergie coûte très cher et où il vaudrait mieux différer certains usages. Et ce, grâce à des services gratuits, j’insiste sur ce point. »

Ô temps suspendu – Un mode de financement toujours flou et des bénéfices encore incertains pour l’usager : entre les annonces de septembre 2011 et de juillet 2013, le temps paraît s’être presque arrêté pour le projet Linky. A une exception sémantique près : dans les éléments de langage gouvernementaux, il ne semble plus être question de « gratuité » pour le consommateur mais d’un financement « indolore »…

Avis de décès pour ERDF ?

Au-delà des lacunes de Linky, le président du Syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire (SIEIL) Jean-Luc Dupont constate, et regrette, « la disparition en rase campagne d’ERDF, qui a porté le bébé jusque-là et d’un seul coup d’un seul, silence radio, plus d’ERDF, c’est EDF qui reprend la main sur le projet ».
Il évoque une « vraie réorganisation » du groupe. Il en veut pour preuve la nomination récente du directeur commerce France, Philippe Monloubou, pour mener une mission de six mois dans le domaine des compteurs communicants, avant de prendre la présidence du directoire d’ERDF.
Souvent en conflit ouvert avec le concessionnaire ERDF en tant que représentant d’autorités concédantes, le vice-président de la FNCCR, Jean-Luc Dupont, semble désormais comme nostalgique, par anticipation, d’un opérateur national en charge de la distribution « qui n’est pas sur un marché concurrentiel mais dans un domaine régulé. Même avec tous les travers que je lui connais… »

Commentaires

0  |  réagir

Ajouter un commentaire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - Antony Parc 2, 10 place du Général de Gaulle, La Croix de Berny – BP 20156, 92 186 Antony Cedex ou en cliquant ici.

L'actu Technique

Offre découverte 30 jours gratuits !

dernières offres d’emploi

services

Thèmes abordés

Retrouvez tous nos produits sur La plateforme de mise en relation entre professionnels de la commande publique et fournisseurs

menu menu

Club Techni.Cités : l'information pour les techniciens de la FP
 
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X