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Bibliothèques

« Les bibliothèques doivent se positionner sur la réforme des rythmes scolaires » – Anne Verneuil, présidente de l’ABF

Publié le 05/06/2013 • Par Hélène Girard • dans : France

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L’Association des bibliothécaires de France (ABF) tient son 59e congrès du 6 au 8 juin 2013 à Lyon (Rhône). Les débats auront pour fil rouge : « La bibliothèque, fabrique du citoyen. » En avant-première, la Gazette a rencontré Anne Verneuil, la nouvelle présidente élue le 13 janvier 2013 par le bureau national. La directrice de la médiathèque et des affaires culturelles d’Anzin (Nord) a livré sa feuille de route pour les prochains mois.

 

Quelles sont vos priorités pour l’ABF ?

Le bureau a identifié deux dossiers prioritaires : le numérique et l’action internationale.

Concernant le numérique – sujet devenu incontournable – nous devons en aborder toutes les facettes : la numérisation des fonds, le libre accès aux ressources, l’offre de livres électroniques dans les bibliothèques, l’impact sur l’évolution de nos métiers.

Concernant l’international, nous voulons que l’ABF soit plus active au sein des associations professionnelles que sont  l’IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions) et EBLIDA  (European Bureau of Library, Information and Documentation Associations).

Il s’agit, d’une part, de mieux nous coordonner avec nos collègues étrangers, et, d’autre part, de renforcer nos interventions dans le champ de la coopération. Penser à l’international doit devenir un réflexe pour chaque sujet abordé au sein de l’ABF, et non, constituer un thème spécifique dissocié des autres. Sur chacun de ces deux dossiers prioritaires, nous avons constitué un groupe de travail dédié.

Sur le numérique, comment l’ABF compte-t-elle concrétiser son action ?

Cela passe d’abord par l’affirmation d’un positionnement des bibliothèques, qui doivent trouver leur place dans le champ du numérique et y être reconnues comme un acteur important. Nous allons prendre une position politique en faveur du droit d’accès à l’information, qui doit prévaloir dans l’univers numérique comme dans l’univers imprimé. D’ailleurs, nous avons déjà commencé à le faire, au cas par cas. Par exemple, en réagissant aux accords de numérisation public-privé conclus par la Bibliothèque nationale de France.

De même, nous avons soutenu la prise de position signée dans Le Monde par des représentants de l’université en faveur de l’accès ouvert aux résultats des travaux de recherche financés sur fonds publics.

Ouvrirez-vous d’autres chantiers ? 

Oui, plusieurs. D’abord, celui de la transition vers ce que j’appelle « l’ABF de demain » ; ensuite, la révision de notre politique éditoriale et la recherche d’un nouveau modèle économique ; également, la place des bibliothèques dans la réorganisation du temps scolaire ; enfin, la réforme de la décentralisation.

Prenons-les un par un. En quoi consiste l’ABF de demain ? 

Nous devons rapidement préparer la relève au sein des bibliothèques, compte tenu des nombreux départs à la retraite attendus au cours des prochaines années. Ce phénomène se double d’une arrivée importante de jeunes collègues avec de nouveaux profils professionnels, qui ne sont pas tous des bibliothécaires. Il s’agit notamment de  spécialistes de la médiation, notamment dans le domaine du numérique. De plus, beaucoup de postes se complexifient, car il s’agit de réunir une somme de compétences pour travailler en direction de tel ou tel public. Par exemple, il faut savoir monter de dossier de partenariats ou demande de subventions, définir des services intégrés à un projet de politique de la ville, élaborer une offre numérique etc.

Les formations classiques des bibliothécaires ne suffisent plus. Nous avons besoin de temps d’échanges associatifs. D’ailleurs sur le site de l’ABF, nous avons ouvert, au mois de mars, un nouveau forum, intitulé « Agorabib » Avec déjà plus de 1 100 inscrits, son succès dépasse nos espérances. Ce contexte nous amène aussi à vouloir faire évoluer l’image de l’ABF, qui est encore trop souvent considérée comme une association de conservateurs des bibliothèques. Or elle accueille tous les professionnels de ces équipements, quels que soient leur profil et leur place dans l’organigramme, y compris les bénévoles.

Pourquoi l’ABF doit-elle revoir ses publications et son modèle économique ?

Jusqu’à présent, le travail éditorial sur notre revue « Bibliothèque(s) » et sur notre site web s’est fait de façon cloisonnée. Depuis mars, nous avons constitué un comité éditorial qui devra à l’avenir déterminer ce que nous traiterons dans la revue et sur notre site internet, et selon quelles rubriques. Ce comité ne comprend pas uniquement des bibliothécaires, mais aussi des spécialistes du numérique, de la documentation, un directeur régional des affaires culturelles, etc.

Concernant notre modèle économique, nous sommes confrontés, comme toutes les associations professionnelles du secteur culturel, à une forte baisse de l’aide financière apportée par le ministère de la Culture et de la communication, à savoir moins 40 % cette année et plus encore l’an prochain. De plus, nous constations un essoufflement des annonceurs (les fournisseurs des bibliothèques, ndlr). Compte tenu de ces évolutions, nous devons réfléchir à des formes de mutualisations avec d’autres associations professionnelles et d’autres activités éditoriales.

Les exposants du salon qui est adossé au congrès annuel de l’ABF sont-ils également sur une position de retrait ?

Non, leur présence reste stable. Je pense que cela tient au fait que ce rendez-vous constitue un moment fort de rencontre entre les professionnels des bibliothèques et leurs prestataires. Ces derniers conçoivent et font évoluer leurs produits à partir des besoins exprimés par les professionnels. Leur présence au salon correspond à une logique de gagnant-gagnant.

Sur la question des rythmes scolaires, les bibliothèques se manifestent peu…

Il faut pourtant qu’elles se positionnent en amont, sans  attendre que les élus les sollicitent. D’autant que beaucoup de collectivités élaborent des contrats éducatifs locaux. La réforme des rythmes scolaires nous amène à nous interroger ce que nous pouvons proposer aux enfants, dans ce cadre-là, sur l’adéquation de nos horaires d’ouverture, etc. Nous avons, certes, des missions de base, que nous ne devons pas oublier, mais nous devons aussi nous ouvrir à d’autres champs. Je dis souvent : « On fait de tout en bibliothèque ! » Cette réforme est l’occasion de le prouver.

Qui plus est, valoriser ce que nous sommes susceptibles d’apporter peut aussi être une opportunité pour obtenir des moyens supplémentaires de nos élus. La question de notre contribution à la réforme des rythmes scolaires se pose au cas par cas, en fonction des moyens de chaque équipement et du contexte local. Il est certain que nous sommes tributaires de nos effectifs pour pouvoir ouvrir nos équipements et proposer des activités. A Anzin, par exemple, nous avons impérativement besoin de 4 personnes pour pouvoir ouvrir notre bibliothèque, dont la surface est de 1 700 m2.

L’acte 3 de la décentralisation inquiète-t-il les bibliothécaires ?

Dans l’état actuel des informations disponibles, il est encore difficile de se repérer dans les réformes à venir. Cela dit, l’Interassociation archives-bibliothèques-documentation (IABD), dont fait partie l’ABF, a émis un certain nombre de propositions dans le cadre des Etats généraux de la démocratie territoriale.

Parmi les questions à creuser, il y a l’intercommunalité. Un sujet très complexe, dans la mesure où, en matière de lecture publique, il n’existe pas de modèle unique, mais une grande diversité de possibilités selon les contextes locaux. En tout état de cause, nous devrons mener une réflexion sur les projets de loi, et les propositions que nous pourrons faire viendront de toute façon du terrain.

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