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Energie

Lutte contre la précarité énergétique : un manque de connaissances et de gouvernance

Publié le 29/03/2013 • Par Olivier Schneid • dans : Dossiers d'actualité, France

La précarité énergétique était, jeudi 28 mars 2013 à Paris, au programme du débat national sur la transition énergétique lancé par le gouvernement. Les associations ont fait part de leur inquiétude devant un phénomène qui touche quatre à cinq millions de foyers et est en constante augmentation. Elles ont aussi déploré l’absence d’indicateurs publics permettant d’engager des politiques adaptées. Et regretté un pilotage déficient.

« Les retours de terrain de nos militants me donnent l’impression d’entendre parler de l’Afrique » : en ouvrant, jeudi 28 mars 2013 à Paris, la séance du conseil national du débat national sur la transition énergétique (DNTE) consacrée à la précarité énergétique, la vice-présidente d’ATD Quart Monde, Claire Hédon, donne le ton en relatant des histoires de familles contraintes de se priver de chauffage ou de soins. Et comme le résumera la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Delphine Batho, dans sa conclusion : « Des millions de personnes ayant des difficultés à payer leur facture d’énergie dans un pays comme la France, ce n’est pas normal. »

Un cruel manque de statistiques

Mais combien sont-ils précisément, ces « précaires énergétiques » ? « Quatre à cinq millions de ménages, voilà l’estimation que l’on peut faire aujourd’hui de la situation », répond Franck Dimitropoulos, animateur du Réseau des acteurs de la pauvreté et de la précarité énergétique dans le logement (RAPPEL). En regrettant de ne disposer que de « statistiques très imparfaites, datant de l’Enquête nationale logement (ENL) menée par l’INSEE en 2006 ». « C’est ancien et antérieur à la hausse des prix de l’énergie », souligne-t-il. Sur le point d’être lancée, la nouvelle ENL livrera ses résultats en 2014, avec trois ans de retard sur le calendrier normal…

Une précarité qui ne cesse de s’étendre

Chargé de mission à la Fondation Abbé Pierre, Bertrand Lapostolet déplore lui aussi « le déficit de statistiques publiques, car on a besoin d’indicateurs pour mener des politiques adaptées ». Comme sur le logement, un domaine au cœur de la problématique de la précarité énergétique. L’enquête de l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (UNCCAS), rendue publique le 27 mars 2013 , témoigne d’un phénomène qui ne cesse de s’étendre. Les associations caricatives, comme le Secours catholique, fournissent aussi leurs données. Mais, faute d’enquêtes détaillées, il est impossible aujourd’hui de dresser une carte de la précarité énergétique.

Pas de typologie précise

Par exemple, touche-t-elle plus la région Nord-Pas de Calais que Provence-Alpes-Côte d’Azur ? « A priori, oui », estime Franck Dimitropoulos, mais sans pouvoir illustrer cette impression par des chiffres. Le représentant du Secours catholique, François Boulot, affirme de son côté que, « dans le Nord-Pas de Calais, les demandes d’aide sont plus importantes »… De même, il n’existe pas de typologie précise des personnes qui subissent cette précarité. Ce manque devrait toutefois commencer à être comblé avec le lancement, début avril 2013, par le ministère de l’Ecologie, d’une enquête nationale (voir encadré).

Vive le guichet unique !

Les intervenants ont aussi insisté sur l’organisation des politiques de lutte contre la précarité énergétique, évoquant un manque de coordination entre les niveaux nationaux et locaux et une gouvernance peu claire. En matière de rénovation thermique des logements, « il faudrait un guichet unique pour les opérateurs, plaide Franck Dimitropoulos. Il serait piloté par les ministères de l’Ecologie, du Logement, des Affaires sociales et de la Santé. » « Un plan national d’action ne peut fonctionner que s’il est décliné localement », poursuit-il. En suggérant un maillage du pays avec 300 territoires.

« Donner sa vraie place au pilotage local »

Concernant l’accueil du public, Bertrand Lapostolet défend aussi le guichet unique. « Mais la question ne se décline pas de la même manière à Grenoble, dans le Gers ou à Paris, soutient-il. Il faut donner sa vraie place au pilotage local, trouver le bon niveau territorial, s’inspirer des modèles qui marchent, utiliser au maximum les schémas existants et ne pas chercher à réinventer la poudre là où ça fonctionne bien »…

Phébus, l’enquête tant attendue sur l’énergie

Les associations l’ont « rêvé » ; le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie « a eu le plaisir de leur annoncer la bonne nouvelle », jeudi 28 mars 2013 à Paris, au cours d’un débat sur la précarité énergétique : une enquête baptisée Phébus, comme « Performance de l’habitat, équipements, besoins et usages de l’énergie », débutera mardi 2 avril dans le pays. Visant à « avoir des données précises sur le comportement des Français face à l’énergie, elle portera sur un échantillon de 10 000 logements », a précisé à La Gazette la sous-directrice des statistiques de l’énergie, Céline Rouquette. Les ménages concernés seront interrogés sur leurs comportements en matière d’utilisation d’énergie, déplacements compris. Ils recevront ensuite un diagnostic de performance énergétique (DPE) de leur logement. D’un budget de 2,1 millions d’euros, « Phébus, qui est une première en France, ne doublonne pas avec l’Enquête nationale logement (ENL), précise Céline Rouquette. Car elle abordera des sujets précis sur l’énergie que cette dernière ne couvre pas. » Les résultats seront toutefois coordonnés avec l’ENL et aussi l’enquête Budget de famille, dont la publication est attendue à la fin du deuxième trimestre 2013. Et dont la dernière édition date, comme l’ENL, de 2006, en retard donc de deux ans par rapport au calendrier habituel. 

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