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Le Réseau Carel veut positionner les bibliothèques dans l’univers numérique

Publié le 11/01/2013 • Mis à jour le 14/01/2013 • Par Hélène Girard • dans : France

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L’association « Réseau Carel » (Coopération pour l’accès aux ressources numériques en bibliothèques) appelle les collectivités et les établissements publics culturels à rejoindre ses rangs. Avec un objectif : négocier avec les fournisseurs des offres commerciales adaptées aux besoins spécifiques des bibliothèques pour que ces dernières puissent rendre aux lecteurs, dans l’univers numérique, autant de services de proximité qu’elles le font avec l’imprimé.

 

Officiellement constitué en association le 20 mars 2012, le Réseau Carel (www.reseaucarel.org) entame l’année 2013 par une campagne d’adhésion. Car l’association doit maintenant grossir ses rangs pour peser face aux éditeurs.

Manifeste - Elle s’est d’ores et déjà dotée de « recommandations pour le livre numérique en bibliothèque publique », publiées le 5 décembre 2012.
Un document qui sonne comme un manifeste, avec une présentation des « enjeux » de la diffusion du livre numérique dans les lieux de lecture publique », et les « lignes directrices » du positionnement de l’association.

« Nous sommes dans un contexte de développement du livre numérique, avec des offres très diverses, tant sur le plan des supports que des tarifs. La question devient sensible en bibliothèque, alors que, pour l’heure, l’offre de livres numériques en bibliothèque représente moins de 2 % de ce qui est disponible. Nous refusons que le sujet soit cantonné à un débat d’experts, fait valoir Pascal Leray, président de Carel et directeur de la Bibliothèque d’étude et d’information de la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise (Val d’Oise). Pour les bibliothèques, le livre numérique ne doit pas être synonyme de régression par rapport au livre physique. Elles doivent continuer à proposer au public les services qu’elles rendent dans le monde physique, en phase avec les particularités du livre numérique. »

Concrètement, cela signifie que les bibliothèques puissent, entre autres :

  • accéder à l’ensemble de l’édition numérique disponible « dès sa parution »,
  • ne pas soumettre les usages des lecteurs à des contraintes induites par des mesures techniques de gestion numérique des droits (DRM) attachées à un fichier,
  • assurer la portabilité des ressources sur différents supports (ordinateurs, tablettes, liseuses, smartphones, etc.),
  • donner accès à ces ressources en mode connecté ou déconnecté, et à distance,
  • sélectionner les ouvrages titre par titre, y compris dans un bouquet et pouvoir les consulter avant de les ajouter à la collection…

Entamer discussions et négociations - Tels sont quelques-uns des principes qui constituent les « recommandations » de Carel. Forts de ce plaidoyer, ses responsables comptent entamer discussions et négociations avec « les pouvoirs publics, les éditeurs, les libraires, voire les auteurs, ainsi que les élus et les cadres territoriaux ».
« Le champ de la négociation porte tant sur l’offre de contenus que sur les modèles économiques, les droits d’usage, les services associés et métadonnées », précise le texte.
Au cours des prochains mois, Carel compte aussi affuter des avis sur des questions précises, à la lumière des retours d’expériences conduits par des bibliothèques pionnières dans l’offre de livres numériques.

Nul doute que la prise de position contre les DRM sera relevée par plus d’un interlocuteur. Sur ce point, Carel affiche une analyse pragmatique. « Il ne s’agit nullement d’une position idéologique. Nous ne sommes pas, par principe, contre les protections, mais nous considérons qu’elles sont une source de complexité pour les expérimentations en bibliothèque, pour les professionnels et pour les utilisateurs. Or nous voulons utiliser le livre numérique et mettre en place des offres dans de bonnes conditions », insiste Pascal Leray.

De même, les négociations ne seront sûrement pas simples quand Carel revendiquera pour les bibliothèques le droit de sélectionner les contenus, titre par titre, quelle que soit la formule commerciale (lecture en mode connecté, abonnement à des bouquets de titres…).

Préserver le rôle éditorial des bibliothèques - Mais pour la profession, l’enjeu est de taille : il s’agit de préserver le rôle éditorial des bibliothèques. « Dans le cadre de leurs politiques documentaires, elles veillent à répondre aux besoins et attentes de leurs publics dans le respect du pluralisme des sources d’information. Elles s’emploient à refléter la richesse éditoriale », rappelle l’association dans les remarques préliminaires de ses « recommandations ».

Carel a changé de braquet

Le Réseau Carel a pris le relais du service informel du même nom rendu pendant plusieurs années par la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou à Paris au titre de ses missions de coopération avec les bibliothèques, notamment territoriales. La BPI en est restée membre fondateur et continue d’impliquer ses services dans l’animation de ce réseau.

Ce changement de statut s’explique par la nécessité de constituer une structure représentative des acheteurs de ressources numériques pour les bibliothèques (donc les collectivités et quelques établissements publics). Les responsables de Carel se sont inspirés de l’exemple de Couperin (www.couperin.org), le réseau de négociation et d’expertise des ressources électroniques documentaires créé en 1999 par des universités sous la forme d’un consortium.

Un enjeu de société

Avec ses « recommandations pour le livre numérique en bibliothèque publique », Carel estime ouvrir un débat qui dépasse la seule problématique des acquisitions numériques en bibliothèque. « Quand vous travaillez sur la question du livre numérique, vous ne travaillez pas seulement sur une question d’accès, mais sur un espace social de la culture, estime Pascal Leray, président de Carel. C’est la raison pour laquelle il est important d’engager les collectivités territoriales dans ce débat. Il ne s’agit pas seulement de dire si on veut des livres par unité ou par bouquet, mais quel type de société de l’information et de la culture nous voulons construire. Serons-nous dans un espace entièrement virtuel, mené par un certain nombre de prestataires qui ne sont pas seulement des éditeurs, ou poursuivrons-nous ce travail culturel de proximité, de qualité, de diversité, engagé depuis plusieurs décennies ? » « Si nous n’y prenons pas garde, il existe un réel danger de dépendance et de privatisation de la mémoire de l’Humanité », renchérit Dominique Lahary, qui a représenté l’Association des bibliothécaires de France (ABF) lors des réunions avec la Bibliothèque publique d’information (BPI) sur la création de l’association Carel.

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