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Musées

Récolement des collections : les professionnels vont devoir mettre le turbo

Publié le 14/12/2012 • Par Hélène Girard • dans : France

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Le premier récolement décennal des collections publiques, obligation légale, devra être achevé le 12 juin 2014. Echéance qui s’annonce difficile à respecter, voire irréaliste, pour nombre de musées. Le Service des musées de France (ministère de la Culture, direction des patrimoines) appelle les conservateurs et les collectivités à accélérer les choses. Lundi 17 décembre 2012, il organise à Paris un colloque national pour débattre de cette « responsabilité partagée » entre Etat, collectivités et professionnels.

 

Dix-huit mois, c’est le temps qui reste aux 1 220 équipements détenteurs du label « Musée de France » pour achever le récolement décennal de leurs collections, prévu par la loi du 4 janvier 2002.

Dix-huit mois - Concrètement, il s’agit de localiser les objets inscrits sur le registre d’inventaire du musée, d’en vérifier le marquage, la documentation et l’état. Le récolement assure, en quelque sorte, la traçabilité des biens mobiliers des musées.

« La notion de récolement est liée à l’appartenance des collections publiques au domaine public de l’Etat ou des collectivités territoriales, précise Bruno Saunier, sous-directeur des collections au Service des musées de France (SMF). Les collections des musées de France sont inaliénables et imprescriptibles. Par conséquent, à intervalles réguliers, il faut vérifier qu’on est en mesure d’attester cette appartenance. »

Beaucoup de professionnels récolaient déjà leurs collections. Mais seulement quand ils en avaient le temps et pas de façon systématique. C’est désormais une obligation légale, assortie d’une périodicité (dix ans) et qui s’applique à l’ensemble du mobilier inscrit sur le registre d’inventaire.
Qu’il s’agisse des pièces présentées en salles d’exposition, conservées dans les réserves, ou plus ou moins oubliées dans les recoins des sous-sols, ou encore mises en dépôt dans d’autres lieux.

A cette occasion, rien n’exclut de possibles (re)découvertes de pièces inscrites à l’inventaire puis oubliées. De quoi faire le bonheur du public et celui des chercheurs.

« Il peut aussi arriver qu’on mette au jour l’origine d’une œuvre – don, legs, acquisition, collecte, etc. – avec des situations parfois curieuses. Cela permet de reconstituer l’histoire de ces collections », indique Bruno Saunier.

De même, le récolement peut déboucher sur de futures campagnes de restauration. « Une des informations à recueillir, c’est l’état des collections, sans analyse fouillée et constats lourds. Cela permet au moins de voir ce qui est en bon état, en état moyen, en danger », précise Lorraine Mailho, conservateur en chef du patrimoine au Bureau de l’inventaire et de la circulation des œuvres du SMF.

Moratoire refusé - De 2002 à 2004, le ministère de la Culture a produit décrets et circulaires pour préciser les modalités de cette démarche et aider les professionnels.

A ce temps de latence s’est ajouté un gros retard pris par les musées. Le récolement a souvent été remis à plus tard. De plus, nombre de musées ont d’emblée rencontré des difficultés par manque de personnels qualifiés disponibles et d’outils informatiques.

La nature des collections peut, aussi, expliquer le retard. Tel est le cas, par exemple, des collections statuaires, qui nécessitent souvent des mains, voire du matériel, pour les manipulations, ou des collections lapidaires ou scientifiques, constituées de dizaines de milliers d’éléments.

Enfin, même lorsqu’ils se sont attelés à la tâche dans les temps, nombre de professionnels l’ont fait par petites touches, les jours de fermeture, à un rythme bien trop lent pour espérer être prêts en juin 2014.
De ce fait, en 2011, l’Association générale des conservateurs de collections publiques de France (AGCCPF) a demandé un moratoire sur le récolement. Mesure refusée par le ministère de la Culture, au nom du respect de la loi et du lien étroit qui unit récolement et inaliénabilité des collections.
Juin 2014 reste donc la date butoir intangible.

Certains n’auront peut-être même pas commencé - « A cette date, certains musées auront fini de récoler, certains seront en train de le faire, ou de commencer à le faire, et certains n’auront peut-être même pas commencé », pronostique Christophe Vital, président de l’AGCCPF, partenaire du SMF pour le colloque du 17 décembre.

Même constat réaliste du côté du SMF. « Il n’empêche qu’il s’agit d’une obligation morale à la fois des responsables politiques et scientifiques des musées. D’où la notion de responsabilité partagée qui fait l’objet d’une table ronde du colloque », rappelle Bruno Saunier.

Les musées retardataires sont censés analyser les raisons de leur défaillance. « Même non abouti, en juin 2014, le récolement doit au moins être l’occasion, pour les responsables d’un musée, de repérer les problèmes du musée, ce qui lui manque pour réaliser cette missions-là. Il faut alors qu’ils alertent la collectivité propriétaire », analyse François Augereau, adjoint au chef du bureau de l’inventaire et de la circulation des œuvres.

Taux de récolement de 10 % - Au 31 décembre 2011, selon les données dont dispose le SMF, les musées territoriaux affichaient un taux de récolement de 10 % (contre 30 à 35 % pour les musées nationaux, qui devraient atteindre les 50 % fin 2012).

« Ce chiffre est effectivement très faible. C’est seulement depuis 2010 que les responsables des musées ont pris conscience que l’échéance de 2014 arrivait bientôt et qu’ils ont commencé à élaborer des plans de récolement. On peut penser que dans les deux dernières années les choses vont aller plus vite », veut croire Bruno Saunier.

Pour que ce soit le cas, il faudra que le récolement devienne une priorité dans les musées. « Démonstration est faite qu’on ne peut pas avancer de façon satisfaisante si on n’en fait pas une priorité, souligne Lorraine Mailho. Pour progresser, des musées se sont réorganisés en conséquence. Certains ont fermé quelque temps, d’autres ont suspendu leurs expositions quelques mois, pour se consacrer au récolement. »

Visites organisées autour du récolement - Dans ce cas, des opérations de communication en direction du public s’imposent, avec des visites organisées autour du récolement.
« N’oublions pas qu’il s’agit des coulisses des musées, auxquelles le public s’intéresse beaucoup. Le récolement permet à celui-ci de s’approprier le musée », note Lorraine Mailho.

De même, le récolement peut avoir un impact en termes de management des équipes. Par exemple, certains musées profitent de l’occasion pour former le personnel de surveillance au marquage des œuvres, ce qui permet de les associer à la démarche.

Pour réduire autant que possible le retard prévisible en 2014, le SMF organise des formations et invite les directions régionales des affaires culturelles (Drac) à aider financièrement les musées les plus en difficulté.

Acquisition de matériels et d’outils informatiques - L’avancée du récolement fait d’ailleurs partie des critères de performance de la LOLF que les Drac doivent renseigner pour la gestion des collections.
Ces subventions sont fléchées pour l’acquisition de matériels et d’outils informatiques, notamment de logiciels de gestion des collections.

« Pour les petits musées, cette première acquisition de matériels informatiques est un pas très important, car cela ne concerne pas uniquement le récolement et la tenue des inventaires. C’est aussi un premier pas pour la diffusion des collections sur des sites internet, notamment ceux de leur collectivité », fait valoir François Augereau.

Autre action des Drac : l’appui méthodologique que les conseillers-musées peuvent apporter aux responsables d’équipements qui le demandent.

Cœur du métier - Pour le SMF, le récolement n’est pas, contrairement à une idée reçue, une tâche supplémentaire. « Il fait partie du cœur du métier et de la gestion d’un musée. Ce qui a été un peu oublié ces dernières années. Il s’agit de réorienter la perception que l’on peut avoir de la gestion d’un musée et de la recentrer sur les collections », explique Bruno Saunier.

Un message qui s’adresse aussi aux élus, pour qu’ils donnent aux musées de leurs collectivités les moyens nécessaires au récolement. « Par les temps qui courent, il s’agit rarement de moyens supplémentaires, note Bruno Saunier. Mais de réorientation de certaines lignes de crédits. »

Quel sort sera réservé aux musées hors délai ?

Les équipements qui n’auront pas établi leur procès-verbal de récolement le 12 juin 2014 ne seront pas pour autant sanctionnés. Les textes ne prévoient rien en ce sens. En revanche, leur retard constituera un élément de décision dans l’attribution des subventions à venir. « Il est évidement que le Service des musées de France et les Drac regarderont dans le détail l’avancement du récolement avant d’aider un musée sur d’autres opérations. Un musée qui n’aurait même pas commencé son récolement ne pourrait raisonnablement pas être aidé pour acquérir de nouvelles œuvres, alors qu’il ne serait déjà pas en mesure d’assurer la bonne gestion de ses collections, fait valoir Bruno Saunier, sous-directeur des collections au Service des musées de France. De même, serait-il logique de financer la construction d’un nouveau bâtiment pour un musée qui ne connaîtrait pas l’état des collections présentes dans les locaux existants ? » Donc pas de sanction, mais une forte incitation en creux.

« Le récolement pose la question de la présence de professionnels qualifiés et en nombre suffisant dans les musées »

Christophe Vital, président de l’Association générale des conservateurs de collections publiques de France (AGCCPF)

« Beaucoup de nos établissements n’ont pas de conservateur, pas de responsable scientifique, alors, forcément, le travail de récolement ne se fait pas comme prévu. Le récolement repose la question de la présence de professionnels qualifiés et en nombre suffisant dans les musées. Cela renvoie à ce que nous disons dans notre Livre blanc(1) : il faut, à la tête des musées, des professionnels compétents et formés sur les plans scientifique et technique, et dont l’INP [Institut national du patrimoine] assure la relève par des promotions suffisantes. Si certaines collectivités ne donnent pas à leurs musées les moyens nécessaires au récolement, elles ne peuvent qu’en être blâmées. En revanche, lorsque leurs capacités financières ne leur permettent pas de faire, ce qui est notamment le cas de certaines petites communes propriétaires de collections de grande valeur, nous pensons qu’à partir du moment où il s’agit d’une obligation légale, l’Etat devrait débloquer des crédits pour les aider. Certaines Drac l’ont fait, mais de façon insuffisante. Or, il faut maintenant donner un coup d’accélérateur au récolement. Une autre difficulté tient au fait qu’historiquement, toutes les normes des musées de France, sont inspirées par les collections des beaux-arts. Ce qui complexifie grandement les opérations de récolement dans les musées qui abritent des collections de natures bien différentes, comme les musées scientifiques.
Pour le reste, nous sommes tous persuadés de l’intérêt, de l’utilité et du caractère indispensable du récolement. Il n’y a, sur ce point, aucune ambiguïté chez nous. »

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