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Pauvreté : en finir avec la politique de l’autruche

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : A la une, Dossiers d'actualité, France

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Pour la première fois en France, le bureau d'études Compas établit le taux de pauvreté local des cent plus grandes villes. Un nouvel indicateur pour localiser où est la pauvreté et en comprendre les causes structurelles. « La Gazette » publie, en exclusivité, ces estimations. Elles n’ont pas pour but d’établir un classement, mais de fournir un outil de connaissance permettant à l’action publique d’offrir une meilleure réponse. Le 28 janvier 2014, nous approfondissons l'analyse, avec une nouvelle estimation des taux de pauvreté, basée sur les données 2011, et intégrant cette fois les impôts payés par les ménages.

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Cet article fait partie du dossier

Pauvreté : en finir avec la politique de l'autruche

 

Chiffres-clés

L'impact de la crise financière sur la pauvreté

Selon la récente étude de l'Insee, « Revenus et patrimoines des ménages » (juillet 2012) la récession qui a touché la France en 2009 a, avant tout, concerné les 10 % des plus pauvres des ménages, qui ont subi une baisse de 2,1 % de leur niveau de vie par rapport à 2008.

  1. De la difficulté à appréhender la notion de pauvreté
  2. Adopter les bons outils d’observation
  3. Où se situe la précarité ?
  4. Poids du logement social
  5. Où le taux est-il le plus faible ?
  6. Le taux de pauvreté des 100 plus grandes villes françaises : infographie interactive

«Grâce à ce nouvel indicateur, on défriche », annonce Louis Maurin, consultant au sein du bureau d’études Compas et directeur de l’Observatoire des inégalités. L’outil est inédit à deux titres : il donne une vision locale de la pauvreté et intègre aux données fiscales communiquées par l’Insee les prestations sociales, ramenées, elles aussi, à un niveau local.

Le classement va de 7 % de taux de pauvreté à Neuilly-sur-Seine à 46 % à Roubaix. Ce large écart souligne que, lorsqu’il s’agit de pauvreté, les moyennes nationales ne peuvent pas être significatives. « En intégrant les prestations sociales, les résultats, tout en restant des estimations, gagnent en objectivité », précise Louis Maurin. Et d’ajouter : « L’Insee, qui s’était engagé à fournir ces chiffres en 2012, a repoussé ce travail à 2014. En aucun cas, il ne s’agit de stigmatiser, mais de montrer où est l’urgence et d’inciter à des politiques sociales plus justes. Sans, non plus, que les personnes pauvres vivant dans des villes affichant un taux bas soient oubliées. »

1 – De la difficulté à appréhender la notion de pauvreté

Le taux de pauvreté calculé par Le Compas correspond au pourcentage de ménages qui, dans une ville donnée, perçoivent moins de 60 % du revenu médian national après prestations et avant impôts (soit 954 euros). « Ainsi, déclarer que Sarcelles a un résultat de 33 % ne veut pas dire que le tiers de sa population vit dans la précarité. Notre taux circonscrit une pauvreté concernant des gens modestes, pas la grande pauvreté », précise Hervé Guéry, directeur du Compas.

Si, en France, comme dans les autres pays de l’Union européenne, le taux de pauvreté s’apprécie en fonction du niveau de vie de l’ensemble de la population, les acteurs du secteur social se mobilisent pour la mise en place de nouveaux indicateurs, par exemple celui de la « pauvreté ressentie », afin de dépasser la notion de « pauvreté monétaire ».
« Car la pauvreté est un phénomène complexe qui se manifeste sous des formes renouvelées », analyse Daniel Zielinski, délégué général de l’Union nationale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale.

En 2009, la France comptait 4,5 millions de personnes pauvres en fixant le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian et 8,2 millions en utilisant le seuil de 60 % (contre 7,8 millions en 2008). Toujours en 2009, l’estimation du nombre de « travailleurs pauvres » allait, selon la définition retenue, de 1,5 million à 7 millions d’individus.
On le voit, la pauvreté n’est pas réductible à un seul indicateur et chaque outil de calcul en donne une nouvelle image.

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2 – Adopter les bons outils d’observation

Louis Maurin invite les communes à « poursuivre le travail entrepris par Le Compas pour connaître leur pauvreté locale ». Nombre de villes ont déjà engagé cette démarche, selon des outils et une méthode qui leur sont propres.

Strasbourg (taux Compas : 24 %) s’appuie sur les études d’un observatoire dédié qui « fournit un diagnostic affiné à la plus petite échelle possible, celle de l’Iris » (1), explique Hélène Rihn, responsable de l’action sociale territoriale à la ville. « Ce diagnostic nous a servi, notamment, à fixer les seuils des tarifs des transports en commun ou à déployer nos équipes là où les besoins sont les plus forts », poursuit-elle.

A Mulhouse (taux : 32 %), ce sont les conclusions de l’agence d’urbanisme mulhousienne qui ont incité la ville et le conseil général du Haut-Rhin à réorganiser leur intervention. « La collectivité s’est recentrée sur l’aide d’urgence, le département sur l’accompagnement », précise Brigitte Göllner, directrice générale adjointe chargée de la solidarité. « Le travail de l’agence d’urbanisme nous a permis de mettre en place une plateforme RSA pour accélérer l’ouverture des droits », ajoute-t-elle.

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3 – Où se situe la précarité ?

Les données du Compas montrent que la pauvreté se concentre dans les villes de grande taille – qui rassemblent un tiers des ménages précaires alors qu’elles ne regroupent qu’un cinquième de la population – et non pas en zone périurbaine. « La ville attire les plus démunis, car on y trouve le plus d’opportunités de logement et d’emploi », rappelle Hervé Guéry.

En analysant par typologies de communes, on constate que la pauvreté est très forte dans les villes des départements d’outre-mer (Saint-Pierre à La Réunion : 46 %) et dans celles souffrant de la désindustrialisation (Calais : 32 %). Viennent ensuite les communes périphériques des grandes agglomérations (Vénissieux : 32 % ; Bondy : 28 %), où l’emploi peine à se développer, et certaines villes du Sud de la France particulièrement touchées par le chômage (Avignon : 30 % ; Nîmes : 29 %).
Des villes comme Marseille (26 %) et Lille (27 %) affichent une situation plus contrastée : « On y trouve une pauvreté importante et un dynamisme économique », note le directeur du Compas.

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4 – Poids du logement social

« L’analyse de ce classement permet de prendre la pleine mesure de l’importance du logement social dans la répartition de la pauvreté sur le territoire », insiste Hervé Guéry. Des villes qui concentrent la majorité du parc de logements sociaux de leur agglomération affichent un taux de pauvreté supérieur à la moyenne, comme Strasbourg ou Beauvais (taux : 24 %).
« Beauvais regroupe 98 % des logements sociaux de son agglomération. S’y installer représente l’espoir de trouver un logement et un travail pour une population précaire, qui est en constante augmentation sur notre territoire », confirme Raphaël Legendre, directeur du centre communal d’action sociale.

A l’inverse, d’autres villes de taille importante se situent autour du taux moyen car les ménages pauvres sont aussi accueillis dans les plus petites communes périphériques – telle est la configuration de Dijon (taux : 13 %) – ou dans une autre grande ville du département, comme pour Aix-en-Provence qui compte un moindre nombre de ménages pauvres (taux : 14 %) en raison du fort pouvoir d’attractivité de Marseille.

Dans cette analyse du poids du logement, il ne faut pas oublier la présence de l’habitat ancien dégradé, logement social de fait, qui explique certains taux de pauvreté supérieurs à la moyenne, comme à Bordeaux (18 %).

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5 – Où le taux est-il le plus faible ?

Sans vraie surprise, le taux de pauvreté est faible dans les villes de l’Ouest parisien (Versailles : 7 %), qui se caractérisent à la fois par la présence d’une population très aisée et par une offre faible en logements sociaux.

Les cas de Quimper (taux : 13 %) ou de Cholet (14 %) sont, quant à eux, riches d’enseignements : ces communes se distinguent par un certain dynamisme économique, par une part de la population issue de l’immigration – davantage touchée par la pauvreté – qui reste modeste et par un moindre écart entre les revenus des plus riches et ceux des plus précaires.

On retrouve ces villes dans le classement des villes dites « égalitaires », établi selon l’indice de Gini (lire le tableau), qui compare l’état de la répartition des revenus à une situation théorique d’égalité absolue où tous les individus auraient le même revenu. Enfin, les taux de Paris (16 %) et de Lyon (15 %) sont à mettre en corrélation directe avec la hausse du prix du logement locatif : les ménages disposant de revenus modestes ont renoncé, depuis déjà plusieurs années, à habiter les plus grandes villes de France.

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6 – Le taux de pauvreté des 100 plus grandes villes françaises : infographie interactive

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    Notes

    Note 01 - Iris : îlot regroupé pour des indicateurs statistiques. Il constitue la brique de base en matière de diffusion de données infra-communales. Il doit respecter des critères géographiques et démographiques et avoir des contours identifiables sans ambigüité et stables dans le temps, indique l’Insee. - Retourner au texte

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Du plus récent / Du plus ancien

  1. 1. Socio 09/11/2012, 17h12

    Comment expliquez-vous le fait que le taux de pauvreté d'Aubervilliers soit plus important que celui de la ville de Marseille, alors que le nombre de ménages sous le seuil de pauvreté est moins élevé et que le revenu médian d'Aubervilliers soit plus élevé que ceux de Marseille?

    Comment parvenez-vous à ce calcul?

  2. 2. Hanneva 16/08/2012, 04h00

    Il faut le vivre pour le savoir, les personnes pauvres dans ma commune sont martyrisées par des fonctionnaires ! L'OPH me réclame un loyer HLM supérieur à mes revenus depuis de longues années, le Receveur municipal a adressé 3 ATD à ma banque ce mois-ci alors qu'il sait pertinemment que je ne perçois qu'un RSA de 417 euros, et que je ne peux pas régler un loyer variant de 630 à 730 euros, l'OPH ayant encore fait supprimer mon APL. Ma banque m'a laissé 18 euros le 14 juillet dernier et m'a refusé un découvert, le Receveur municipal m'a dit qu'il allait continuer ses poursuites. Depuis 8 ans que j'appelle au secours, personne ne peut rien faire, et ne parlons pas des assistantes sociales qui estiment qu'une femme et son enfant peuvent vivre une fois le loyer réglé avec 200 euros. La CAF m'avait supprimé 45 euros durant 7 mois de mon RSA et baissé immédiatement mon APL lorsque ma fille a déménagé. La pauvreté est provoquée par des fonctionnaires mafieux, seul compte un plan de surendettement, même si votre bailleur est votre seul créancier, pour une dette qui n'est qu'une escroquerie. On m'avait promis un concordat, j'ai réglé pendant 3 ans un loyer dans sa totalité bien que supérieur à mon RSA, or l'on m'a adressé un commandement de quitter les lieux. J'ai failli à plusieurs reprises me retrouver à la rue, mais je n'ai pas baissé les bras et je continue à me battre ; j'ai travaillé 30 ans et voici comment la France me remercie, j'ai été licenciée pour faute grave de ne pas avoir voulu démissionner après 15 ans d'ancienneté ; en 2009, le seul relogement qui m'était proposé était une place au centre Altaïr qui accueille des prostituées, ma fille venait tout juste d'avoir 18 ans. J'ai écrit plusieurs fois au Maire, essayé de lui expliquer de vive voix, mais il pense que c'est une manoeuvre politique !

  3. 3. Elisabeth Boy 24/07/2012, 10h30

    Les indicateurs de l'étude COMPAS prennent-ils en compte le % d'allocataires du rsa ?
    Il me semble intéressant de renseigner cette information pour chaque agglomération, tant nous n'existons nulle part.
    Les indicateurs de "ressentis" me semblent également intéressants, comment et pourquoi se sent-on pauvre ?
    Elisabeth BOY allocataire du rsa depuis 6 ans.

  4. 4. chrisdestmaur 24/07/2012, 09h48

    Il eut été intéressant de rappeler les critères pour qualifier un ménage pauvre.

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